vendredi 24 février 2017

« Sabbat Nazaire ne maîtrise pas ce qui se passe à Banamè », dixit Kim Azas

Dans le cadre d’une interview qu’il a bien voulu nous accorder


Kim Azas est une star béninoise du reggae qui, bien que vivant en Allemagne, suit de près l’actualité au Bénin. Fidèle de la Très sainte église de Jésus-Christ relevant de la Mission de Banamè, il adresse une mise au point à l’artiste Sabbat Nazaire qui a toujours critiqué cette confession religieuse. Kim Azas n’oublie pas de lever un coin de voile sur son nouvel album, ’’Fifa’’.
Kim Azas
Journal Le Mutateur : Bonjour Kim Azas. Vous êtes un artiste reggaeman béninois très connu qui, depuis quelques années, évolue en Allemagne. Vous avez eu vent des propos de votre confrère et collègue, Sabbat Nazaire, sur la Mission de Banamè et, c’est dans ce contexte que vous avez senti le besoin de réagir. Que vous suggère alors le combat que mène Sabbat Nazaire contre la Mission de Banamè, contre Dieu Esprit-Saint Qui a pris chair ?

Kim Azas : Avant de s’engager dans ce genre de combat, Sabbat Nazaire a dû longuement réfléchir ou il a dû être blessé quelque part. Je ne connais pas les raisons de son comportement. Le rasta prône souvent la paix. Je crois que ce combat n’engage que lui, pour avoir choisi ce camp de critiqueur perpétuel, parce qu’il ne faut pas se réveiller d’un jour à un autre pour dire : « Je combats une idéologie, une religion ou des propos bibliques, quelque part ».
Nous, la chance que nous avons, c’est que nous avons la possibilité d’aller vers la presse, nous avons la possibilité de parler, sur le plan international, pour que les gens nous écoutent. Et, nous éveillons les consciences, nous sommes les leaders des sans-voix ; certains propos ne doivent pas être vraiment des propos qu’on doit tenir, en tant que musiciens, parce que Bob Marley n’a jamais parlé de christianisme céleste ou bien de vaudou, de prendre position par rapport à la religion, il a toujours parlé de choses qu’aujourd’hui, nous retrouvons sur notre route tout le temps. Donc, il a toujours donné des leçons aux gens, il a toujours parlé de tout ce qui se passe dans la vie, mais il n’est jamais entré dans une religion pour dire que telle est fausse et que telle autre n’est pas bonne.
Ce que j’ai écouté de Sabbat Nazaire, c’est comme s’il a le pouvoir de la religion sur les autres, on a l’impression de le voir détenteur de la vérité absolue, et que personne ne doit le contredire. Et, moi, je dis : ce que j’ai écouté de Sabbat Nazaire, il a été très vite en besogne, il n’a pas réfléchi, parce que c’est des milliers de fidèles qui vont à Banamè et, c’est pas des bêtes, c’est des juristes, des professeurs, des policiers, tous ceux qui y vont ont choisi d’adorer leur Dieu Qui est l’esprit incarné en Parfaite, qui est Daagbo. Pour moi, ces fidèles, y compris moi, c’est toute la classe sociale qui va là-bas, et chacun a choisi sa voie.
Notre cité est composée de beaucoup de religions. Si, moi, en tant qu’artiste qui ai la chance de pouvoir parler dans les télés, que je me lève pour dire que telle religion n’est bonne, c’est comme si je suis en train de mettre du feu dans la cité ; je ne trouve pas ça normal. En tant que reggaeman ou en tant que musicien, il faut faire sa musique et on peut y parler de choses, mais pas atteindre la religion des gens, parce que c’est très sensible ; ce côté-là, il ne faut pas aller très vite sur ce plan, parce que c’est des trucs que Sabbat Nazaire ne connaît pas, puisqu’il ne maîtrise pas ce qui se passe à Banamè.
Pour moi, ce qui se passe à Banamè, c’est que c’est Dieu Qui a pris chair. Et, Dieu a pris chair pour ce petit pays qui n’est rien du tout. Si, demain, ce Sabbat Nazaire qui dit que Dieu l’Esprit-Saint est une sirène, et s’il se retrouve devant ce même Dieu Qu’il dit ne jamais voir, et qu’il se révèle que c’est ce Dieu Qui a pris chair au Bénin, qu’est-ce qu’il va faire ? Donc, cela veut dire qu’il va perdre sa crédibilité si tant est qu’il en a … Ce n’est pas bon ; il ne faut pas tout de suite aller vers les religions ; toute personne dans la cité a sa religion et, c’est ça qui forme le Bénin. Donc, comme  on le dit, c’est un pays laïc, chacun est libre de faire sa religion, mais quelqu’un ne va pas se lever pour dire : « Ah là, c’est du démon, ici, c’est la sirène … ». Je trouve que ce n’est pas bien. Si on travaille comme ça ou bien, si on évolue dans ce sens, ça veut dire qu’on est en train de détruire notre propre Bénin que nous tous, nous aimons.



Parlons un peu de votre expérience personnelle de la Mission de Banamè. Comment cette mission s’est-elle révélé à vous, de manière concrète ?

Moi, à l’époque, depuis que je suis né, mon père et ma mère m’ont amené à l’église. Donc, j’étais un catholique fervent. Et, à côté de cela, j’avais des amis qui étaient des adeptes du vodoun, des magiciens, des musulmans, des marabouts, … Ce sont des gens que j’ai rencontrés sur mon chemin de vie et, quelque part, il y a des moments où nous tous, on a déraillé, on est partis vers le vodoun, … Chacun avec son histoire.
Moi, ce que j’ai vu à Banamè, c’est qu’on n’y fait plus de sacrifices, et que j’arrive dans un coin saint, sur une colline sainte, que je prie et que tout ce que je demande, je le reçois. A Banamè, j’ai retrouvé une église où l’amour est partagé entre les fidèles. En cas de persécution occulte, Dieu l’Esprit-Saint nous a appris à nous défendre, à nous protéger. Je trouve que Banamè est dans une simplicité qui dérange, parce que je ne peux pas comprendre qu’un prêtre qui me donne la communion, que ce même prêtre a un pratiquant de vodoun derrière ; je ne peux pas comprendre ça. Ou bien, un prêtre qui me donne la communion est un franc-maçon. Qu’ils nous disent que l’église catholique est franc-maçon, je serai prêt, je vais m’adapter. Je vais me dire : « Bon, ok, on est francs-maçons … » et, ça passe quoi ! Il ne faut pas mélanger les choses et, c’est ça que j’ai vu de ce qui se passe dans mon église. Je trouve que la Mission de Banamè interdit tout ça là ; elle dit quoi ? « Aimez-vous les uns les autres, ne pratiquez plus tout ce qui ne conjugue pas Jésus-Christ, le fils bien-aimé de Dieu Qu’il a envoyé ici, ce même fils qui était venu et qu’on a tué ; on ne l’a jamais cru. Donc, si son père est arrivé aujourd’hui, n’allez pas très vite en besogne, attendez et dites une chose : « On ne sait pas ce qui se passe là-bas ».
Je connais des amis qui sont des intellectuels, et qui ont entendu parler de Banamè mais qui se sont tus. Je connais des artistes comme Stan Tohon, comme Danialou, comme Nel Oliver, qui ne sont jamais partis à la télé pour parler de quoi que ce soit, parce qu’ils sont chacun, dans leur coin, font leur musique pour plaire au peuple.
Moi, avec mon expérience, je n’ai pas peur de le dire : je sais que c’est Dieu Qui a pris chair et je me sens à l’aise quand je vais à Banamè. Que les gens aiment ma musique ou qu’ils ne l’aiment pas parce que je vais à Banamè, rien ne me dérange ; ma musique se vend ailleurs et, je ne me plains pas.



Pouvons-nous connaître votre dernier album qui est intitulé ’’Fifa’’ ?

’’Fifa’’ veut dire ’’La paix’’. Pourquoi ’’Fifa’’ ? Parce que j’ai vu que nous traversons une période où on a eu un nouveau Président qui est sur une démarche de faire changer les choses ; des choses qu’on vivait à une certaine époque, il a envie de les faire changer. C’est pour cela que je me suis dit qu’il fallait que j’écrive une chanson qui parle de la paix dans mon pays et qui dit : « Soyons ensemble avec le Gouvernement pour que les choses puissent aller de l’avant ». Dans cette chanson, je chante ’’fifa’’, la paix pour mon pays. Les élections sont finies et, la main dans la main, nous allons conduire le Bénin vers un avenir meilleur.



Vous aviez l’impression que le Bénin n’était plus en paix, vous qui vivez en Allemagne ?

Oui, parce qu’à l’époque, j’ai senti que ce n’était pas ce que je voulais ; cela avait très bien commencé, j’avais même écrit une chanson pour Yayi Boni ... Donc, avec le temps, j’ai constaté que mes frères et mes sœurs n’étaient plus en sécurité et, les choses n’allaient pas comme on le voulait, tout le monde se plaignait, dans ce pays ; on l’a suivi sur le net. Je savais qu’il y avait une instabilité qui est en train de se résorber ; je vois qu’il y a un grand changement dans le pays et que les choses vont d’une autre manière. Je suis sûr que, d’ici peu de temps, le Bénin va changer. J’y crois beaucoup.



’’Fifa’’ comporte combien de titres ?

’’Fifa’’ comporte six titres dont deux chansons en anglais, qui touchent un peu le Nigeria ; les quatre autres chansons sont, notamment, en fon : ’’Fifa’’, ’’Gbèto’’. Il faut écouter l’album pour les apprécier.



Avez-vous, sur cet album, une chanson dédiée à la Mission de Banamè ?

Bien sûr. ’’Gbèto’’ parle un peu de comment on est, nous, hommes et, dans la deuxième partie de la chanson, j’évoque la manière dont le monde est en train de changer, dont la lumière est venue dans notre pays et qu’un jour, elle va l’éclairer et que les choses vont changer d’une autre manière. Donc, je ne parle pas directement de Banamè, mais d’une lumière.



Où pouvons-nous trouver cet album, aujourd’hui ?

J’ai laissé cet album aux Etablissements ’’Bon berger’’, sis quartier Ganhi, hangar n°21, en face de la Société ’’Delmas’’. Le contact de cette boutique, c’est le 97162794.



Avez-vous des vœux pour la population béninoise, en général, et pour les fidèles de Banamè, en particulier ?

Pour les frères du Bénin, j’envoie toujours un message de ’’One love’’ ; nous, en tant que rastas, c’est dans ça qu’on est, on prône l’amour ; je demande à tous les Béninois de se solidifier, en ce moment très dur qui les dérange un peu, là où on casse les choses ; on est en train d’arranger le pays, il est vraiment en chantier et, il ne faudrait pas qu’à travers ces moments-là, on se sépare. La main dans la main, on peut conduire ce Bénin ; qu’ils aient du courage et qu’ils aient confiance au nouveau Gouvernement et, tout ira bien.
Pour les fidèles de Banamè, qui sont mes frères spirituels, je leur dis d’avoir toujours du courage et de prôner l’amour, pour que, même si on les embête, même si on les regarde d’un mauvais œil, qu’ils aient du courage et qu’ils donnent de l’amour à tous ceux qui auront, envers eux, ces mauvais comportements.
  

Propos recueillis par Marcel Kpogodo

jeudi 9 février 2017

Gabriel Laurex Ajavon : « [ Il faut] contrer Patrice Talon, dans sa volonté d’asphyxier les Béninois »

Dans le cadre d'une interview de l'ancien candidat à la présidence de la République, sur la gestion de Patrice Talon, après 10 mois de pouvoir


Dix mois après son accession à la magistrature suprême, le Président Patrice Talon est à l’œuvre pour l’exécution de son plan d’actions. A l’épreuve du pouvoir, ses initiatives et ses choix politiques ne font pas l’unanimité. Ainsi, l’ancien candidat à la présidence de la République, Gabriel Laurex Ajavon, frère aîné de Sébastien Ajavon, qui a bien voulu répondre aux questions de notre Rédaction, s’est consacré, en matière de son regard sur les 10 mois au pouvoir du Chef de l’Etat, au pilonnage de l’action gouvernementale, de même qu’il s’est ouvert sur certaines coulisses de la dernière élection présidentielle, au sein de la Coalition de la Rupture, ayant facilité l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon qui ne serait donc pas aussi irréprochable, au point de vue du financement du second tour de la présidentielle …

Gabriel Laurex Ajavon
Journal ’’Le Mutateur’’ : Bonjour à vous, M. Gabriel Laurex Ajavon. En tant qu'ancien candidat à l'élection présidentielle des 6 et 20 mars 2016, au Bénin, comment appréciez-vous la gestion du Président de la République, Patrice Talon, surtout que demain, mardi 6 février 2017, il totalisera 10 mois au pouvoir ?

Gabriel Laurex Ajavon : J’avais eu à parler de cette gestion le 19 juin 2016, sur une radio de la place. Et, je disais, à l’époque, déjà, que le pays était très mal géré. Là, on va de mal en pire, tout se dégrade : la filière des véhicules d’occasion est à terre, alors qu’il aurait fallu peut-être réduire les taxes d’exportation pour qu’elles ne pénalisent pas la chute du Naïra. Mais, on n’a rien fait ; aujourd’hui, il n’y a plus rien. Plus de 2 mille Libanais sont déjà partis du Bénin ; c’est un manque-à-gagner pour l’Etat ! Moi, je dis : on perçoit chez l’usager près de 400 mille ; à peine 200 mille vont dans la caisse de l’Etat, le reste, c’est des redistributions de la Ségub (Société d’exploitation du guichet unique du Bénin, Ndlr). On aurait pu amputer les redistributions-là de moitié pour que les Nigérians continuent à arriver, pour qu’on maintienne au moins les 200 mille qui vont dans la caisse de l’Etat. Mais, je ne sais pas si c’est volontairement ou involontairement qu’on a voulu tuer cette filière qui nourrit quand même des milliers de Béninois.
On fait des contrats de marché de gré-à-gré, à l’aéroport, partout. On gère le Bénin comme l’on gère une Sarl (Société à responsabilité limitée, Ndlr), même pas comme une Sa (Société anonyme, Ndlr), mais comme une Sarl. Les étudiants sont fâchés, à juste titre, parce qu’ils doivent payer maintenant des inscriptions dont ils n’avaient l’habitude, et ils ne disposent plus de la liberté d’association. Et, dans le même temps, on annonce la gratuité des enregistrements aux Domaines. Je vous donne un exemple simple : si l’enregistrement aux Domaines était de 12% sur les biens acquis, l’Etat aurait perçu, en plus des 900 et quelque millions que le Président Talon veut payer pour s’approprier le domaine de l’Etat, 12% de ce montant et, d’après les dires d’un cadre de l’Agence nationale de la propriété foncière, rien que ces taxes, ces recettes rapportent à l’Etat béninois, chaque année, plus de 50 milliards.
La gratuité de l’inscription des étudiants coûte combien par an ? Je pense qu’on prend des mesures qui ne favorisent que le Chef de l’Etat et son entourage, alors que le Bénin est un patrimoine commun ; c’est à nous tous et, partant de là, le Chef de l’Etat doit rendre compte. On ne peut pas gérer un pays comme l’on gère sa société.  



Voulez-vous dire que le Président de la République, depuis son accession à la magistrature suprême, n'a rien réussi ? Il y a, tout au moins, le Programme d’actions du Gouvernement (Pag) qui a été lancé le 16 décembre 2016 …

En tant que show, la présentation a été réussie, mais est-ce que c’est le show qu’on va bouffer ? C’est le show qui va nous nourrir ? Non. Il faut aller dans le Programme d’actions du Gouvernement. C’est bien beau, mais, quand on prend seulement le Budget général de l’Etat, pour l’année 2017, le Président va trouver les 2010 milliards où ? On calcule le risque avant de prêter à quelqu’un ! Le risque sur le Bénin, aujourd’hui, est élevé ; le Bénin ne peut pas lever des fonds à 1%. Donc, si le risque est élevé, le Bénin voudra même emprunter à 7% et il ne trouvera pas les fonds, parce qu’avant de prêter, il faut être sûr que celui qui emprunte a les moyens de rembourser.
Libérer l’espace public, c’est une bonne chose, mais il aurait fallu prendre des mesures d’accompagnement, parce que les pauvres, ils ont emprunté de l’argent dans les institutions de microfinance, ils ont des échéances à payer, ils vont les rembourser comment, maintenant que tout est détruit ?
Je pense que la plus grosse erreur qui ait été faite est que Talon a voulu gérer seul ; « une seule hirondelle ne fait pas le printemps ». On ne peut pas gérer sans humilité ; il faut être humble, écouter tout le monde. L’homme est une créature divine et, tout ce que Dieu fait est bon ; ça veut dire qu’il y a du bon dans chaque individu que nous sommes.



En affirmant que le Président de la République a voulu gérer seul, de quoi parlez-vous, M. Ajavon ?

Depuis son accession au pouvoir jusqu’à ce jour, je n’ai jamais échangé avec lui. Pourtant, j’étais membre de la Coalition de la Rupture ; on avait dit que M. Patrice Talon allait nous donner les moyens pour lui faire campagne au second tour ; il y en a qui ont reçu de l’argent de lui pour faire campagne mais, moi, je lui ai fait campagne avec mes propres sous. Cela, c’est quelque chose qu’il me doit et qu’il me paiera, tôt ou tard, parce que les preuves sont là que j’ai dépensé mon argent pour faire campagne pour lui ! Et, je ne suis peut-être pas seul dans le cas. Même les autres candidats, la lune de miel a duré combien de temps avec eux ? Moi, je n’ai pas été candidat pour être ambassadeur dans un pays ou pour être nommé ministre ; j’ai été candidat parce que je veux gérer ce pays et, je me suis préparé pour.



Face à toutes ces dénonciations, quelles solutions constructives proposez-vous, pour chacune des critiques faites ?

Je pars du fait que personne ne nous juge ; ce sont nos actes et nos paroles qui nous jugent. Si M. Patrice Talon dit qu’il pense d’abord à lui, c’est normal, c’est humain et, c’est légitime et, en parlant de la gestion de ses sociétés, d’accord ! Mais, en parlant de la gestion du patrimoine commun qui est le Bénin, ce n’est pas normal. Vous savez, la différence qu’il y a entre les occidentaux et nous, Africains, c’est que les occidentaux pensent d’abord à leur pays, à l’Etat, parce qu’ils savent qu’ils ne sont rien sans ce pays, que la force qu’ils ont vient de ce pays ; ils le font avant de penser à leur petite personne. Mais, les Africains, c’est des mange-petit ; ils ne pensent qu’à leur petit ventre, ils ne se soucient pas de leur pays, alors qu’ils ne sont rien sans ce pays.



Et, vous pensez sûrement que c’est le cas du Président Patrice Talon …

Si celui qui a financé sa campagne au second tour ne s’entend plus avec lui, si cette personne a failli se retrouver en prison pour quelque chose qu’il n’a pas fait, suivez mon regard, tirez la conclusion vous-même.



Que pourriez-vous faire pour donner une concrétisation à vos idées de développement, qui ne sont pas certainement celles du Gouvernement ?

Je pense que c’est une question de volonté, d’abord. Si M. Patrice Talon n’a pas la volonté de développer le Bénin, s’il veut juste devenir plus riche que Dangoté, je ne sais pas quoi lui faire, je ne serai pas utile pour lui. Mais, si c’est pour développer le Bénin à partir des ressources du Bénin, avec la participation de tous les Béninois, je suis prêt et, c’est faisable. Mais, comment vous pouvez imaginer que le Togo, à côté, qui fait la moitié du Bénin, a un port en eau profonde et qu’un navire de 25 mille tonnes ne peut pas accoster au Bénin, pourtant, on a près de 200 kilomètres de côte. Notre piste d’atterrissage ne fait que 2700 mètres, la piste de Lomé fait 3100 mètres ; c’est une question de volonté. On veut gérer le Bénin comme si c’était un héritage personnel, ça ne peut pas marcher, on a besoin de tous les Béninois pour développer ce pays, il faut être humble, il faut les écouter, il faut échanger avec eux.



Quelle est votre analyse concernant l’interdiction par le Préfet du Littoral, Modeste Toboula, de l’utilisation des lieux publics, pour la prière du vendredi ?

Est-ce qu’un homme, une créature divine, peut interdire qu’on adore son créateur ? C’est une question que je pose. Moi, je suis catholique fervent ; je suis, tous les matins, à l’église, parce que toute notre vie est action de grâces. C’est pourquoi, tous les matins, je vais rendre grâces à Dieu, pour lui confier ma journée, pour le remercier pour le sommeil qu’il m’a donné et pour mon réveil en bonne santé. L’homme qui interdit de prier sur la voie publique n’est pas quelqu’un qui est bien dans sa tête, parce que, s’il est humble, s’il n’est pas prétentieux, il saura que son réveil, le lendemain, n’est pas de sa volonté ; Dieu est toujours à sa place et, quand il nous donne un petit pouvoir, on pense qu’on peut se substituer à lui. L’homme ne sera jamais Dieu, l’homme restera toujours un homme au service des hommes, parce que Dieu l’a voulu ainsi.
   


Vous l’avez abordé un peu tout à l’heure : que pensez-vous de l'état actuel des relations entre Patrice Talon et votre propre frère, Sébastien Ajavon ?

Vous savez, moi, j’ai la crainte de Dieu, et, je ne sais pas mentir ; Sébastien Ajavon et Patrice Talon n’ont jamais été amis. Même si, à l’époque, Sébastien a eu des problèmes avec l’ancien Président, M. Yayi, c’est à cause de M. Patrice Talon. Donc, cela a été une alliance de circonstance et, moi, je savais que ça n’irait pas loin ; le 19 juin 2016, je l’avais dit sur une radio de la place : le seul langage que Patrice Talon connaît, c’est celui d’employés à employeur, il ne comprend pas le vocabulaire de collaborateur, il est le patron et, c’est fini ! Donc, ça ne pouvait jamais marcher et, ce n’est pas pour ça que M. Sébastien Ajavon ne va pas continuer à œuvrer pour le développement de ce pays. Nous, dans la famille Ajavon, nous avons toujours œuvré pour le développement de ce pays, pour le social ; parcourez tout le Bénin et demandez d’après notre maman. Nous, on a toujours été dans le social, parce que, quand Dieu vous donne, il ne faut pas croire que vous êtes quelque chose, c’est une faveur que Dieu vous a faite. Donc, en reconnaissance, vous devez lui rendre grâces en contribuant à l’évolution, à l’épanouissement de vos concitoyens.     



Le peuple béninois peut-il s'attendre à une alliance d'actions entre les deux frères Ajavon, surtout que le Chef de l'Etat semble désormais votre ennemi commun ?


Sébastien Ajavon sera toujours mon petit frère. Et, en tant que grand frère, même si, politiquement, on ne voit pas les choses de la même façon, mon soutien lui est acquis, sans conditions ; je le soutiendrai, en tant que grand frère, dans tous les autres domaines. Mais, quand il s’agira de la politique, il va falloir qu’on arrondisse les angles, pour qu’on voie ensemble ce qu’il est possible de faire et ce qui n’est pas possible.



Qu'est devenue la coalition de la Rupture à laquelle vous avez appartenu avec bon nombre d'autres anciens présidentiables ?

Vous savez, parmi les 33 candidats, il y en a qui ont été candidat, juste pour accepter un poste d’ambassadeur ou un poste ministériel ou un poste de Dg dans une institution mais, moi, je ne peux pas parler à leur place ; je peux juste dire que, depuis mon intervention sur une radio de la place, le 19 juin 2916, moi, je ne fais plus partie de cette Coalition, parce que, quand vous faites de la politique, il faut pouvoir dire la vérité ; quand vous ne parlez pas au bon moment, après, vous n’êtes plus audible. Moi, je veux avoir un langage de vérité, un langage franc avec les Béninois : tout ce que j’avais dit, le 19 juin, se réalise. J’avais dit que 90% des Béninois étaient mécontents de Patrice Talon ; aujourd’hui, quand j’échange avec les gens, on me dit : « Ah, tu avais raison, tu avais raison ! ». Non, ce n’est pas que j’avais raison, j’aurai toujours raison, parce que vous ne pouvez pas trouver le bon remède si vous n’avez pas le bon diagnostic. Et, les Béninois ne veulent pas faire un diagnostic et, comment voulez-vous qu’ils trouvent le bon remède ? Il faut faire une analyse objective de la situation pur pouvoir trouver une bonne solution.  



M. Ajavon, concernant les promesses qui avaient été faites au sein de la Coalition de la Rupture, pendant le second tour de l’élection présidentielles, pouvons-nous revenir sur les autres assurances qui avaient été données aux présidentiables par Patrice Talon et qui n'ont pas été respectées ?

L’aspect pécuniaire, l’aspect financier, ce n’est pas le plus important ; le plus important, c’est gérer ensemble. Mais, il y en a beaucoup qui se sont contentés de l’aspect financier parce qu’ils ne peuvent rien gérer, cela les engage et, ils en répondront, un jour, devant les Béninois.



Serez-vous encore candidat à l'élection présidentielle en 2021?

Pourquoi vous, les journalistes, aimez-vous poser ce genre de questions ? Le fauteuil présidentiel n’est pas pour moi une obsession et, on n’a pas forcément besoin d’être Président de la République avant de contribuer au développement de notre pays, le Bénin ; vous l’avez vu avec mon frère qui, tout en étant un simple citoyen, a construit, entre autres, des modules de salles de classe, un complexe pour la formation de jeunes footballeurs. Nous, les Ajavon, nous sommes comme ça ! Donc, comme vous le voyez, 2021 est encore très loin ; l’essentiel, aujourd’hui, est de contrer Patrice Talon, dans sa volonté d’asphyxier les Béninois, à son seul profit : c’est mon cheval de bataille immédiat.



Comment le peuple béninois peut-il définir votre identité politique, actuellement ?

Il n’y a pas de miracle. Aujourd’hui, le monde est devenu un petit village ; Obama met un parfum à Washington, vous avez instantanément l’odeur, ici, au Bénin, mais les hommes politiques ne l’ont pas compris, de même que les occidentaux, ils ne savent pas qu’aujourd’hui, on ne peut plus gérer comme il y a trente ans, comme il y a vingt ans. En effet, il n’y a rien de caché sous le soleil. Concernant mon identité politique, je suis social-démocrate ; la démocratie, sans le social, est vouée à l’échec.



Actuellement, peut-on dire que vous êtes de la mouvance présidentielle ou de l’opposition ?

Je suis de l’opposition et, ce n’est pas le cas de tous ceux qui ont été aux dernières élections ; je suis de l’opposition, parce que tout va de travers et, il faut avoir le courage de le dire.



Avez-vous pris des initiatives pour faire connaître vos idées au Président Talon, pour lui faire connaître votre déception, votre désillusion ?

Il a mon numéro de téléphone, je n’en ai jamais eu deux, j’en ai un seul et, il l’a. Moi, je n’ai pas le sien. Donc, si quelqu’un doit appeler l’autre, c’est lui qui doit m’appeler.



Au sein de la Coalition de la Rupture, ne parveniez-vous pas à le joindre ?

En dehors des réunions, on a eu à parler une fois, au téléphone, parce que je voulais le voir pour une information et M. Sacca Lafia l’a appelé, puis il m’a passé le téléphone, on a parlé.


Et, c’était la seule occasion d’échanges avec le candidat qu’était Patrice Talon ?

Oui, parce que je n’ai pas à courir après lui pour parler du Bénin, pour trouver des solutions, pour la gestion commune ; c’est à lui de m’appeler et, en tant que Béninois, j’aurai l’obligation de me mettre à sa disposition pour parler du bien commun qu’est notre cher et beau pays, le Bénin.



Comme le Président ne vous appelle pas, ne serait-il pas approprié que vous preniez l’initiative de le joindre, quitte à savoir qu’en son temps, vous auriez fait tout ce qui était possible pour recoller les morceaux entre vous ?

Non, vous savez, je suis très humble mais, j’ai ma fierté aussi. J’ai été présidentiable comme lui. Je ne vais pas courir après Patrice Talon pour qu’on pense que c’est pour lui prendre de l’argent ou quoi que ce soit. J’ai 55 ans, je n’ai jamais fait de marchés d’Etat, je n’ai jamais travaillé pour quelqu’un, dans ma vie, et j’ai un train de vie qui est au-dessus de celui de la moyenne des Béninois, donc, je n’ai pas à courir après les gens.



Quels sont vos projets d’ordre politique, à court et à moyen termes ?

Parcourir le pays, échanger avec tous les Béninois. 



Avez-vous des vœux pour la nation béninoise ?

Je voudrais dire aux Béninois, à mes frères, qu’on est bénis de Dieu, qu’on a le Nigeria à côté qui fait plus de 180 millions d’habitants, qu’on a le Niger et le Burkina qui sont enclavés, qu’on a près de 200 kilomètres de côte, qu’il faut qu’on se comprenne, qu’on s’asseye et qu’on discute ; c’est seulement comme ça qu’on pourra développer ce Bénin, parce qu’on a tout pour réussir, mais nous ne voulons pas réussir parce qu’on ne pense qu’à nos ventres ; on ne pense pas à ce pays, à cette terre, à cette nation qui nous a tout donné.


Propos recueillis par Marcel Kpogodo