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vendredi 5 janvier 2018

Joseph Djogbénou présente désormais le compte-rendu du Conseil des ministres

Dans le cadre de la reprise de cette activité à la Présidence

Après près de six mois d’interruption a repris, le mercredi 3 janvier 2017, la présentation hebdomadaire du compte-rendu du Conseil des Ministres, par le biais d’un point de presse, à la Présidence de la République. Ce qui a été appelé la « saison 2 » de cette activité redémarre avec une toute nouvelle personnalité.

Joseph Djogbénou
Me Joseph Djogbénou, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, est la personnalité du Gouvernement à qui échoit désormais la responsabilité de présenter aux journalistes, après chaque Conseil des Ministres, les conclusions des débats au sein de l’Exécutif sur les grandes questions de la nation. Ce qu’a révélé Wilfried Léandre Houngbédji, Directeur de la Communication de la Présidence de la République, le mercredi 3 janvier 2017, dans la salle du point de presse de la Marina. Dès qu’il a été introduit, le Ministre concerné a expliqué aux journalistes que cette nouvelle posture est le résultat de la volonté du Chef de l’Etat, Patrice Talon. Selon Me Djogbénou, tout autre ministre désigné à cet effet peut être amené à effectuer le travail. Il faut rappeler qu’après la présentation par Pascal Irénée Koupaki du compte-rendu du Conseil extraordinaire des Ministres, le lundi 19 juin 2017, l’activité avait été suspendue.


Les points forts du compte-rendu au point de presse de la deuxième saison

Entrant de plain-pied dans l’exercice, Joseph Djogbénou a évoqué les grands points à l’ordre du jour du Conseil des Ministres du mercredi 3 janvier : la prise par le Chef de l’Etat, Patrice Talon, du décret instituant la Police républicaine, le Programme d’actions du Gouvernement (), l’objet d’un ralentissement d’exécution, en son troisième trimestre, à cause de la lenteur dans la passation des marchés et de l’absence du sens d’anticipation et de proactivité des Coordonnateurs de projets, la difficulté dans le recouvrement de fonds de micro-crédits visant à financer, respectivement, quatre micro-projets pour un montant total de 19.501.450 Francs, et onze promoteurs pour une cagnotte de 3.458.732 Francs, pour un total général de 22.960.182 Francs, octroyés avec l’accompagnement financier du Royaume de Belgique, dans le cadre du Projet dénommé ’’Facilité d’appui aux filières agricoles’’ (Fafa). Pour l’intervenant, devant l’incapacité des bénéficiaires de justifier l’utilisation des montants prêtés et de pourvoir à leur remboursement, le Gouvernement s’est vu dans l’obligation de faire porter cette charge au Budget national, quitte à ce qu’il soit lancé des poursuites judiciaires contre les fautifs.
Par ailleurs, le Garde des Sceaux a abordé la question de l’existence d’une épidémie de peste porcine dans les Communes de Dagbo et des Aguégués, dans le Département de l’Ouémé, ce contre quoi le Gouvernement s’active par les mesures idoines appropriées. Enfin, Joseph Djogbénou a communiqué le prix des carburants, restés intacts, par rapport au mois précédent : essence, 510 F/l, pétrole, 525 F/L, gaz-oil, 515 F/l, gaz domestique, 565 F/kg.
Sa présentation faite, l’orateur a répondu à quelques questions des journalistes sur, notamment, le retrait du droit de grève aux magistrats.


Marcel Kpogodo

mercredi 18 novembre 2015

Des problèmes soulevés par la 5ème journée du procès de l'Affaire ''Dangnivo''

A partir du compte-rendu du Journaliste Wilfried Léandre Houngbédji


Le vendredi 13 novembre 2015, cinquième journée du jugement de l’Affaire ’’Dangnivo’’, a permis de faire ressortir un certain nombre de problèmes d’ordre juridique, ce qui ne laisse pas attendre la poursuite du procès, selon le compte-rendu de Wilfried Léandre Houngbédji, du Quotidien ’’La Nation’’.
Codjo Cossi Alofa

Des exceptions d’inconstitutionnalité paralysent le procès

Pour gagner une place dans le prétoire, vendredi 13 novembre dernier, il fallait montrer patte blanche… exhiber sa pièce d’identité dès le portail de la cour d’appel. Il faut s’assurer de qui sont les spectateurs de ce procès qui voit jugés Codjo Cossi Alofa et Donatien Amoussou, pour les crimes d’assassinat et de complicité d’assassinat dont la victime serait Pierre Urbain Dangnivo. Cela, les avocats de la partie civile et de la défense avaient demandé à l’accusation, dès jeudi 12 novembre, de l’établir formellement. Faute de quoi le procès, selon eux, ne pourrait se poursuivre. Le ministère public, quoique comprenant la justesse de l’exception, soutient qu’elle peut faire l’objet d’une décision commune avec le fond du dossier. Que va décider la cour ? C’était la préoccupation des uns et des autres en entrant dans le prétoire…

Contrairement aux jours précédents, c’est à 9h55 que l’audience s’est ouverte. Le président de la cour de céans, Félix Dossa, annonce que la cour réserve la suite à donner aux demandes de la défense et de la partie civile, et fera savoir sa position à la fin de l’audition des témoins. Il ordonne de faire venir le témoin Laurent Mètongnon à la barre. Réaction immédiate de la partie civile. Me Joseph Djogbénou annonce que la réponse attendue sur une question préjudicielle étant renvoyée à la fin de l’audition des témoins, la partie civile ne saurait s’associer à la poursuite des débats. Il soulève, par suite, une exception d’inconstitutionnalité sur le fondement des dispositions de la Constitution et du code de procédure pénale. Et développe que c’est une obligation pour la cour, lorsque les demandes de renvoi pour supplément ou complément d’informations sont exposées, de surseoir les débats. Or, relève-t-il, le code de procédure pénal, en ses articles 290 et 292, en fait une faculté. Cela, déduit-il, est contraire à la Constitution. A l’appui, il invoque l’article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme. Et martèle que l’exception d’inconstitutionnalité vise à imposer le renvoi à la cour. C’est alors qu’il développe, dénonçant des pressions et faisant allusion à une dimension politique du dossier : « Nous autres n’avons pas de colonels, de généraux, d’inspecteurs… Nous n’avons pas eu de missions, de commissions, de préoccupations sur notre état de santé… Nous n’avons pas d’agents de renseignement, nous n’avons que la force du droit et nous allons y puiser toutes les ressources. Ce procès est organisé dans le sens de délivrer un permis de tuer. Les débats ont révélé que dans ce procès tout vient de la présidence et tout y revient. Si Dangnivo est vraiment mort, son cadavre est peut-être à la présidence de la République… Je sais les pressions qui s’exercent… Ce 12 octobre 2010 à la présidence, on nous a suppliés de convaincre la famille de donner son sang… Ce procès ne peut pas se tenir. On se réunit au palais de la République pour savoir pourquoi tel avocat peut intervenir aux côtés de la partie civile… Je sais que la Cour constitutionnelle est mobilisée et peut rendre sa décision dans deux heures… Mais lorsque l’exception d’inconstitutionnalité est soulevée, l’audience est levée et la conséquence, c’est un renvoi à une session ultérieure et non une suspension … Si nous acceptons que la décision intervienne après les auditions de témoins, on nous dira après qu’il faut passer à la lecture des pièces puis aux plaidoiries…»



Garantir le procès équitable

Me Nicolin Assogba renchérit que le sursis à statuer, en pareille occurrence est immédiat, imposé par le code de procédure pénale. Puis fait observer que dans ce dossier, les droits de la défense sont violés, ceux de la partie civile, gravement violés. A son tour, il déniche un motif d’inconstitutionnalité et révèle que les dispositions du décret relatif aux frais de justice criminelle (articles 2 et 3) offrent au ministère public d’avoir tous les dossiers aux frais de l’Etat alors que la partie civile doit acheter le dossier. Cela est contraire à l’esprit du procès équitable. « Les choses se passent comme si on veut un arrêt plutôt que la vérité. Le temps des facultés est passé, nous sommes à l’heure des obligations », enfonce-t-il. Les supports de ces exceptions d’inconstitutionnalité sont diligemment déposés à la cour. 
Par ailleurs Me Djogbénou annonce qu’une plainte avec constitution de partie civile a été déposée contre le nommé Priso afin qu’il change de statut, puisque le ministère public ne veut pas s’y résoudre.
Me Baparapé s’invite dans la partie. Exprime la crainte que, dès le début de la procédure, les magistrats ne soient instrumentalisés. « Parce qu’au-delà du théâtre que nous sommes en train de faire, nous savons tous que ce procès ne devrait pas se tenir, en tout cas pas en ce moment. Mais puisqu’on a voulu d’un procès, on y a mis les moyens et les acteurs pour jouer au théâtre. C’est, contraints et forcés, que nous, avocats de la partie civile, nous y sommes associés, pour porter la voix et la douleur, devant l’opinion, de la famille Dangnivo. Nous assistons à une parodie de justice… Ils savent très bien que Dangnivo n’est pas mort. Sur quel fondement se tient alors ce procès ? Dans l’histoire des disparitions, on sait que des gens réapparaissent de longues années après. En l’espèce, qu’est-ce qui prouve donc que le disparu est mort ? Nous de la partie civile, c’est comme si nous sommes venus à ce procès par effraction puisque personne ne nous a invités… », développe-t-il.



Côté défense, Mes Magloire Yansunnu et Théodore Zinflou disent attendre la décision de la Cour constitutionnelle.

L’exceptionnelle d’inconstitutionnalité soulevée semble imparable. Le ministère public considère que « la loi est dure, mais c’est la loi », se dit respectueux de la loi, et invite la cour à faire ce que de droit face à ce moyen. La suspension de l’audience intervenue aussitôt après, durera 2h. Le temps pour la cour de décider si elle continue les débats ou si elle y met fin momentanément en attendant la décision de la Cour constitutionnelle. Félix Dossa annonce le sursis à statuer. Joie du public et de la famille du disparu. Avocats de la défense et de la partie civile ne cachent pas leur satisfaction.

Wilfried Léandre Houngbédji (Publié dans ’’La Nation’’ du lundi 16 novembre 2015)

jeudi 12 novembre 2015

Point de la 3ème journée du Procès lié à l'Affaire ''Dangnivo''

Par le compte-rendu du Journaliste Wilfried Léandre Houngbédji


La 3ème journée du procès de l’Affaire ’’Dangnivo’’, celle du mercredi 11 novembre 2015, qui se déroule à la Cour d’appel de Cotonou, a tenu ses promesses en matière de nouveaux déballages. Nous suivons son évolution à travers le compte-rendu impartial et détaillé du Journaliste, Wilfried Léandre Houngbédji, pour son journal, le Quotidien ’’La Nation’’. 

Codjo Cossi Alofa
Un témoignage compromettant pour les accusés, Grégoire Akoffodji et Prince Alédji déposent

Devant la même cour que la veille, avec un nouveau greffier d’audience, Me Théogène Zountchékon, un même public massif tant dans le prétoire qu’en dehors, l’audience de la session spéciale de la cour d’assises de la cour d’appel de Cotonou a repris hier mercredi 11 novembre. Marquée par des passes d’armes entre avocats, et quelques fois entre avocats et ministère public, l’audience a également enregistré la présence des principaux mis en cause de la veille : Lani Bernard Davo, Théophile N’Dah, Grégoire Akoffodji, Mohamed Mouftaou D.Prince Alédji. De même que la main courante et le registre d’écrou du commissariat de Godomey ont été présentés à la cour. Entre-temps, à 8h20, les accusés arrivent sur les lieux. Une arrivée entourée des mêmes mesures sécuritaires que celles indiquées précédemment. L’affaire intéresse tellement que ceux qui ont pu avoir une place dans le prétoire, au moment de la pause déjeuner, n’osent pas sortir, pour éviter que ceux, nombreux, qui se bousculent à la porte malgré les amplificateurs de voix installés, ne s’y engouffrent pour s’installer à leur place… A la fin de la journée, la déposition du témoin Priso s’annonce comme un tournant décisif du procès, en attendant peut-être de nouveaux développements.

D’entrée et avant même que la cour n’introduise les débats, Me Joseph Djogbénou a voulu s’assurer qu’il n’y a eu aucune pression sur les accusés depuis la veille. Puis il se lancera dans une tirade contre ces « chars » et contre les conditions particulières de sécurité qui entourent ce procès. Et demande que M. Prince Alédji soit invité à venir expliquer certaines situations. Tout comme Bernard Lani Davo, Théophile N’Dah ou Jean Aladé dont il dit ne pas savoir si c’est un pseudonyme, devront passer témoigner. Face à ces exigences, le procureur général, Gilles Sodonon, informe que les diligences ont été accomplies dès mardi soir et que les anciens ministres, comme les régisseurs entrant et sortant de Missérété ont été convoqués à l’audience. Quant à M. Prince Alédji, il serait en mission des Nations Unies depuis sa retraite. Me Djogbénou se dit partiellement satisfait car, à son avis, le sieur Prince Alédji est une pièce essentielle au regard des dépositions de la veille. Quand le président essaye de relancer les débats, Me Djogbénou repart à l’assaut des … « chars au palais de justice» pour dénoncer le dispositif sécuritaire mis en place dans le cadre de ce procès. « Ce n’est pas normal que des militaires en armes soient dans le palais de justice, en nombre. Ils peuvent garder les alentours… Je suis désolé, je suis désolé. Notre toge est incompatible avec les armes… », enrage l’avocat de la partie civile. Ses associés Nicolin Assogba, Olga Anassidé et leur stagiaire Brice Houssou embrayent dans le même sens, mettant surtout l’accent sur la nécessité de la comparution du sieur Prince Alédji. Ile ne croient pas qu’il soit vraiment en mission et suggèrent à la cour qu’elle peut, sur la base de l’article 329 du code de procédure pénale, ordonner, au besoin par la force, sa comparution. Félix Dossa rassure et promet que toutes dispositions ont été prises et le seront encore pour que la procédure se mène sereinement. 
Me Ayodélé Ahounou, conseil assistant du commandant Enock Laourou, attire l’attention de la cour sur le sort des témoins qui sont restés isolés toute la journée de mardi sans avoir peut-être mangé, et martèle que pendant les débats, lorsque des noms sont énoncés, c’est la cour qui a le pouvoir souverain d’accuser s’il le faut tel ou tel en cas de faits nouveaux. Cela provoque une passe d’armes entre son confrère Djogbénou et lui. Pour autant, Me Zinflou ne résiste pas au besoin de suggérer à la cour, non sans dénoncer le dispositif sécuritaire, 
compte tenu des témoins convoqués et des déclarations faites, de renvoyer le dossier pour que les témoins soient écoutés ailleurs qu’en audience publique parce que la parole à l’audience est une parole libre sur des faits dont on veut découvrir la vérité. Ce n’est pas l’avis de Me Elie Vlavonou. « Depuis hier, clame-t-il, les personnes convoquées pour témoigner ont été clouées au pilori. On accorde du crédit aux propos de vils individus pour vilipender d’honnêtes personnes. Nous n’avons aucune inquiétude ni gêne mais respectons les normes. On peut poursuivre le débat sans polémiquer. Ce qui a été dit et entendu hier ne suffit pas pour dire que le procès est fini.» S’ensuit une séquence de tiraillements entre avocats des témoins, ceux de la défense et ceux de la partie civile. Ceux des témoins se disent sereins comme le fait savoir Me Gilbert Atindéhou assurant que les témoins attendent leur tour de parole. Mais qu’on veut continuer d’entretenir la confusion à laquelle certains ont intérêt. Et qui fait qu’on prend déjà les déclarations des accusés comme vérité dans la presse comme sur les réseaux sociaux. Me Djogbénou ne démord pas. Il invite à ne pas s’éloigner des règles essentielles car le procès pénal doit être équitable entre les parties. A son avis, les témoins ne sont entendus que lorsqu’ils sont invités à la barre. Le code de procédure pénale suggère qu’ils puissent être assistés et c’est leur droit. Mais si 24h d’attente sont extraordinairement longues, éprouvantes pour « ces hommes bons », il semble lire chez ses confrères que, pour eux, cinq ans ne le sont pas pour la famille, pour les accusés. Il s’étonne, par ailleurs, que « les assistants de témoins, dont les clients n’ont même pas encore déposé devant la cour, déclarent que les accusés ont menti. Puis il garantit sa collaboration à la cour tant que les règles sont respectées car la famille veut connaître la vérité. Me Théodore Zinflou est sur la même longueur d’onde et renchérit qu’il est préférable que les témoins soient entendus hors audience publique. Etonnement du ministère public. Gilles Sodonon, rappelant à l’occasion que toutes les demandes formulées par la défense ont été satisfaites, enseigne que l’article 332 du code de procédure pénale fait obligation que les témoins soient entendus dans le débat même s’ils n’ont pas déposé à l’instruction. Pendant qu’il parle, M. Prince Alédji fait son entrée dans le prétoire et salue gaiement les uns et les autres. Remous dans la salle. Quelques avocats annoncent leur constitution à sa cause. Puis c’est Grégoire Arsène Akoffodji, ancien garde des Sceaux (2010-2011) qui est à la barre. Il commence littéralement à déposer. Soutient n’avoir vu Alofa pour la première fois que le 26 septembre 2010 dans l’après-midi après avoir été avisé par le parquet, que la commission d’enquête judiciaire est bien avancée puisque tenant le suspect. Il dit n’avoir jamais vu Donatien Amoussou. Le ministère public signale à la cour qu’il devrait être d’abord isolé comme les autres témoins. La défense est d’accord et moque : « Vous voyez que nous sommes parfois d’accord avec le ministère public.» « Sur la procédure », nuance Gilles Sodonon. « Si nous sommes trop d’accord, on va le relever de ses fonctions », moque Me Djogbénou. En tout cas, les avocats des témoins demandent que leurs clients soient entendus publiquement car ils n’ont rien à cacher au public.


Grégoire Akoffodji : « L’honneur a un sens »

Premier témoin à passer à la barre, l’ancien ministre de la Justice, Grégoire Akoffodji, expose que l’affaire est arrivée en Conseil des ministres parce que les syndicalistes s’y accrochaient et qu’elle préoccupait l’opinion. « J’ai demandé au Conseil que cela reste une affaire judiciaire. C’est ainsi qu’une commission d’enquête judiciaire a été mise en place » informe-t-il. Avant d’indiquer comme Alofa la veille, que c’est en tenue de sport qu’il s’est rendu à la brigade de recherche, après avoir eu au téléphone le procureur général et le procureur de la République, qui avaient cherché vainement à le joindre alors qu’il était au sport. « Je me suis porté vers la commission qui m’a informé que des individus sont passés aux aveux. C’est là, à la brigade, que j’ai aperçu le nommé Alofa, puis le lendemain sur les lieux de l’exhumation. Nous n’avons eu aucune conversation… Le rôle du ministère de la Justice a été limité à mettre les moyens à la disposition de la commission d’enquête » précise l’ancien Garde des Sceaux. Le ministère public n’ayant aucune question à poser, la partie civile y va de gré. Grégoire Akoffodji développe que le gouvernement a fait les diligences pour faciliter les analyses scientifiques aux fins d’expertise. Son souci, dit-il, était de tout mettre en œuvre pour la manifestation de la vérité. Me Djogbénou insinue que les experts étrangers sollicités sont arrivés au Bénin avant l’exhumation du corps de Womey, soit dès le dimanche 26 septembre. Le ministre Akoffodji pique une sainte colère, récuse cette thèse et lui demande d’en fournir la preuve. Me Djogbénou lui souffle que l’ordonnance du juge d’instruction date du 5 octobre 2010, une séance ayant eu lieu à la présidence de la République ce jour-là et qu’en tout cas, les experts étrangers étaient déjà à Cotonou. Puis l’avocat exhibe un document de l’expert allemand, qui établit que le 30 septembre 2010, il était déjà sollicité par le gouvernement béninois. Le prétoire vibre. Quand s’éternisent les tiraillements entre avocats autour du témoin, la défense et la partie civile s’accrochant régulièrement avec son conseil Me Ayodélé Ahounou, le président Félix Dossa leur rappelle qu’il y en a beaucoup d’autres. Les questions pleuvent toujours sur Grégoire Akoffodji, pour savoir notamment pourquoi le gouvernement s’était tant impliqué dans ce dossier au point de poser des actes qui auraient dû relever de l’instruction judiciaire. Parfois, elles sont jugées « tendancieuses » par son conseil, mais le ministre, impassible, répond autant qu’il peut, laissant comprendre qu’à la vue du corps en état de putréfaction, il était déjà convaincu qu’il faudrait des expertises pour confirmer les appréhensions. Pourquoi avoir alors reçu la famille, lui avoir présenté des condoléances avant de l’inviter à se joindre à la formalité d’exhumation ? Grégoire Akoffodji répond que sur la base des informations reçues, il a pensé de bonne foi qu’on retrouverait sur les lieux, un corps reconnaissable. De même, d’après la relation des faits à lui servie, puisque le coupable auto proclamé disait avoir prélevé des organes du corps (le meurtre étant déjà quelque choses de lourd à porter), le ministre s’est laissé convaincre qu’il était certainement sincère. Son conseil fait observer à la cour que « le témoin est d’une cohérence inouïe ». Ce qui a l’art de déclencher une émeute de rires dans le prétoire. Les escarmouches entre avocats s’intensifient plus tard, et Me Djogbénou, qui croit avoir vu un assesseur manifester son agacement ou sa colère, s’en étonne et désapprouve. Une confrontation entre Alofa et le ministre permet à ce dernier de préciser qu’il n’a jamais assisté à une conversation entre l’accusé et qui que ce soit, ni participé à quelque montage, quelque scénario tendant à faire porter la responsabilité du crime à cet « enfant de 25 ans au moment des faits ». Il affirme avoir bien accompli son travail et que, pour lui, l’honneur a encore un sens. Alofa confirme bien que ce n’est pas le ministre qui lui a fait des promesses, mais les nommés Dègbo et Aladé Jean.


Que dit la main courante de Godomey ?

Suspension de l’audience à 11h55. A la reprise à 12h30, le commissaire de Godomey, Codjo Hadonou, qui y a pris service en novembre 2014, se porte à la barre avec la main courante sollicitée par la défense la veille ainsi qu’avec le registre d’écrou. Le prétoire retient son souffle. La lecture de ces documents révèle qu’il y a bien eu un compte rendu au commissaire en date du 23 août relativement au vol de moto commis par Alofa. Le ministère public fait constater que le juge a bien visé dans le dispositif de l’arrêt de renvoi, la date du 23 août comme étant celle de commission du vol. Chose confortée par les déclarations de l’accusé Alofa lui-même sur interpellation-réponse. Qui déclarait que c’est le 23 août que Polo est allé le voir pour l’opération. Cela ressort plutôt des déclarations sinon qu’on le lui a fait dire, rectifie Me Magloire Yansunnu, rappelant que l’intéressé est un illettré. Me Djogbénou souligne que du point de vue matériel l’acte dressé en forme de procès-verbal n’est pas comparable au registre soumis à la cour et que ce procès-verbal porte bien la date du 16 août. Ce dont, pour s’assurer, Me Zinflou, demande au commissaire si le procès-verbal mentionne bien, à l’entame, la date à laquelle il s’établit. Réponse affirmative. Autant que lorsqu’il demande à l’officier si le procès-verbal se fait bien sur la base de la main courante. Et au commissaire d’enseigner que « la procédure fait toujours référence à la main courante ». Le ministère public veut intervenir, la défense intervient pour l’en empêcher. Echanges vifs qui, pour le prétoire, sont à l’avantage de l’avocat. Le public savoure. Gilles Sodonon, en sa qualité de « directeur de la police judiciaire » intervient alors pour préciser que techniquement la main courante n’est pas la procédure. Ce dont se saisit Me Djogbénou, qui lit la main courante du 23 août, pour en déduire que ce n’est pas une plainte qui y est retracée, mais qu’il s’agit d’un compte rendu au commissaire, d’une opération menée « suite à un appel prétendu ». Cependant que le procès-verbal de l’officier de police judiciaire, qui fait foi jusqu’à inscription de faux, établit bien qu’à la date du 16 août, Alofa était aux mains de la police. Me Zinflou renchérit que le procès-verbal produit à la suite de diligences judiciaires l’emporte. Davantage, Me Djogbénou fait remarquer que dans le registre d’écrou produit par le commissaire, il est mentionné que le sieur Alofa a été écroué le 22 septembre pour des faits supposés commis le 23 ! Le commissaire évoque « une erreur » possible et précise que la chronologie des heures atteste que c’est le 23 que le nommé Alofa a été écroué. Il sera prié de produire la copie du procès-verbal disponible au commissariat. Ce à quoi il s’engage…


Affabulations, mensonges…

C’est alors que la barre accueille le contrôleur général de police à la retraite, actuellement fonctionnaire aux Nations Unies, Mohamed Mouftaou D. Prince Alédji. Me Yansunnu va lui poser des questions. Il donne le profil à la cour et se tourne vers l’avocat. Joseph Djogbénou lui indique qu’il doit regarder la cour. Une remarque qui ne plaît pas au témoin, qui lui lance : « Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous. Un peu de politesse ». Incident pour l’avocat qui relève que « ça commence » et lui fait observer : « Vous n’êtes pas dans votre commissariat ici ». Suspension. Reprise une heure plus tard. Le contrôleur général de Police, situe que c’est en sa qualité de chef service central de la Police judiciaire de Cotonou au moment des faits, qu’il a été membre de la commission d’enquête et à eu à faire aux accusés. Sur demande de son avocat, Elie Vlavonou, le greffier de l’audience est invité par le président à lui donner lecture de ce qui a été dit de lui la veille. Mais c’est Donatien Amoussou qui va raconter comment, selon lui, l’officier de police a demandé à Alofa de le doigter comme son associé. C’était à la brigade de recherche après une première rencontre à la présidence de la République, dans le bureau du colonel Koumasségbo. Et en présence d’autres personnes, jure-t-il avant d’inviter le sieur Prince Alédji à « avoir le courage de dire la vérité à la cour ». A ce moment, entre dans le prétoire son ami Priso (de son vrai nom Evouna Priso Atangana). Invité à réagir aux propos formulés contre sa personne, M. Prince Alédji se présente comme « un enquêteur professionnel », une « victime du devoir » qui a eu « un parcours exemplaire et qui a dû recourir à la justice pour une reconstitution de sa carrière». Ceci pour dire qu’aller à la présidence de la République ne lui ressemble pas. En tout cas, il dit n’avoir pas le souvenir d’avoir mis pied en ces lieux dans le cadre de ce dossier. « Pour y recevoir des instructions », précise-t-il ensuite. Il a pu arriver, pour les besoins de l’enquête, admet-il, que l’on ait procédé par comparaison pour s’assurer de l’identité de Donatien. Qui, poursuit-il, est « un homme de réseau, un militaire radié, spécialité de vol à main armée, un repris de justice… » L’officier de police raconte ensuite que d’après ses informations, c’est bien un coup que Donatien et Alofa ont bien préparé, que les recoupements attestent qu’ils étaient bien en connivence, dans le but de déposséder Dangnivo (qui serait un client d’Alofa) de sa voiture. Soit, au total, pour celui qui revendique « 30 années de police, 30 années de police judiciaire » que son travail a été propre. Donatien réagit vivement, soutient n’avoir jamais fait de la prison avant ce dossier Dangnivo, « pas un seul jour », désapprouve-t-il. Et engage-t-il, « si vous consultez les registres et que vous découvrez que j’ai fait un seul jour de prison, considérez alors que tout ce qu’il dit à mon sujet est vrai ». Admirations du public. Sur ce, M. Prince Alédji suggère qu’on demande à Donatien de décliner son parcours dans l’armée. Ce qu’il fait, raconte qu’il a dû partir de lui-même, après avoir dénoncé des gens qui voulaient voler des armes, après avoir vu sa solde coupée et avoir subi des pressions diverses. Il assure qu’à Parakou, il montait la garde avec plusieurs armes et de nombreuses munitions, sans pourtant avoir jamais été mis en cause. Mohamed Mouftaou D. Prince Alédji en déduit malicieusement que « pour un soldat, ce qu’il vient de dire renseigne assez sur qui il est ». Le public désapprouve. Invité à son tour, par Me Magloire Yansunnu, à expliquer comment s’est passée la séance de reconnaissance de Donatien, l’officier affirme que « le temps a fait son œuvre et des montages ont été faits » mais qu’il n’a jamais été question d’aligner des personnes pour demander à Alofa d’identifier Donatien parmi elles. Pourtant Alofa maintient sa version de la veille. Et raconte que le commissaire Prince Alédji, arrivé sur les lieux le lendemain, l’aurait menacé de le lester pour le larguer en mer parce qu’ayant appris qu’il était imperméable aux balles… avant de lui dire plus tard qu’il lui présenterait le nommé Donatien qu’il devrait affirmer connaître. Me Barnabé Gbago relève qu’il a omis certains aspects de son récit de la veille. Alofa valide et précise que ce qu’il venait de raconter concerne M. Prince Alédji et que tous les faits ne se rapportent pas à tous les protagonistes. L’officier, impassible, réitère avoir conduit son opération avec art. Que c’est Alofa qui a raconté avoir pris de l’argent à Dangnivo pour lui concocté un savon. Que c’est encore lui qui, durant les enquêtes, leur aurait doigté la maison d’une épouse de Dangnivo. Qu’il aurait raconté que le plan initial était d’arracher la voiture de la victime, mais qu’au jour dit il se serait présenté avec une moto. D’où ils auraient réaménagé leur plan en trouvant le moyen de le faire revenir le lendemain. Me Yansunnu relève que l’officier a pu oublier car, même dans la version où Alofa acceptait les faits, Donatien Amoussou n’était nullement présent. Ce témoin, qui s’agace parfois des questions à lui posées, n’a pas la sympathie du public, qui réagit régulièrement à ses réponses, et approuve les questions de Me Zinflou. Témoin qui considère comme affabulations, comme du « précuit » les thèses des accusés tendant à l’incriminer, et assure être venu pour éclairer la lanterne de la cour, après avoir appris que son nom avait été cité.


Priso, un témoin décisif ?

Priso est à la barre. Sa version des faits stipule que son ami nigérian Polo, par qui il a connu Donatien, l’a appelé une nuit autour entre 1h et 2h du matin, pour dire d’aller le voir en urgence. Ayant hésité, il s’est finalement déplacé pour voir l’ami. Qui lui a fait part de son projet de voyage sur le Nigeria et lui a confié un sac contenant des effets. Lequel sac il a déposé chez lui, enfermé dans l’armoire. Trois ou quatre jours après, par curiosité, sa femme a ouvert ce sac pour en scruter le contenu. C’est elle qui y aurait vu des vêtements et un téléphone Zékédé à antenne, ainsi que le livret de bord d’une voiture qu’il dit avoir vu garée à l’hôtel où logeait Polo. Dans la foulée, l’affaire Dangnivo défrayait la chronique et il se rend compte que le livret de bord porte bien le numéro du véhicule qu’il a vu à l’hôtel, mais remarque que le livret était plutôt au nom d’une femme et non d’un homme. Ce qui l’a intrigué. Ayant allumé le portable Zékédé, une dame l’aurait aussitôt appelé puis demandé de lui passer le propriétaire… Entre-temps, le véhicule dans lequel il dit avoir vu le nommé Alofa (qu’il ne connaissait pas alors) de blanc vêtu, avec un chauffeur, a disparu de l’hôtel où il est retourné après. Somme toute, pris de panique après les appels de la femme, puis l’emballement de l’actualité, il dit être allé déposer le portable Zékédé à Océan FM pour en signaler la perte, puis en avoir informé son ami Donatien. C’est lui qui en aurait parlé à son frère, lequel les a conduits à Julien Pierre Akpaki. Ce dernier, à son tour, les aurait effectivement mis en contact avec d’autres responsables dont le colonel Koumasségbo notamment… Bien plus tard, Priso qui ne se sentait plus en sécurité et avait même dû crécher avec sa famille chez Donatien, dit avoir été invité par le commissariat d’Agla pour identifier un individu qui pourrait être celui qu’il avait aperçu dans la voiture. Il s’agissait d’Alofa qui aurait été rattrapé grâce à sa carte SIM. C’est donc là qu’Alofa, le prenant pour un « chef » de la police ou de la gendarmerie, lui déclare que l’homme a qui appartient la voiture est mort. Ce qu’il aurait répété aux agents, provoquant des pleurs chez eux… Priso, sur les lieux, croit avoir entendu qu’Alofa a cité un ancien militaire. C’est dans la foulée que le nom de Donatien est évoqué. Dès lors, il s’étonne que Donatien ne se rende pas souvent disponible pour répondre aux convocations et s’en ouvre à lui. Celui-ci banalise. Appelé plus tard par le colonel Koumasségbo à aller à la présidence de la République avec Donatien, ce dernier alerte son ami Gildas et son frère Auguste… « Au commissariat d’Agla, il fut un moment où on a présenté un certain nombre de personnes à Alofa. Je n’étais pas dans la salle mais c’est certainement là qu’il aurait identifié Donatien puisque celui-ci ressortira menottes aux mains. » se remémore Priso Le prétoire est plongé dans un silence studieux. Mme Dangnivo, pendant la déposition, suit religieusement et se tient le menton ou porte la main à la bouche. Priso est formel, c’est lui et lui seul qui est allé déposer le téléphone Zékédé à Océan FM et au moment de le retirer, il est parti avec le colonel. Donatien n’était pas de la partie. Chez ce Donatien, Priso assure, sur question du ministère public, n’avoir jamais vu le véhicule retrouvé à l’hôtel. Mais après son arrestation, il dit s’être posé des questions et a déserté sa maison où il le logeait. Depuis lors, ce n’est qu’à l’audience d’hier qu’il le revoit. Le témoin n’omet pas de signaler à la cour que depuis cinq ans, il vit des menaces de mort à n’en plus finir, est obligé de changer de numéro régulièrement, et jure ne pas savoir comment Donatien a pu être mêlé à cette affaire.
Il en était là de ses dépositions quand, à 17h07, le président de la cour de céans, pour des raisons de sécurité de tous, prononce la suspension de l’audience. Au même moment, Me Elie Vlavonou exprimait justement des inquiétudes quant à la sécurité des uns et des autres, l’officier de police Prince Alédji ayant été pris à partie, d’après certaines sources, à sa sortie du prétoire après sa déposition…
L’audience reprend ce matin avec la poursuite de la déposition du témoin Priso ainsi que d’autres qui attendent leur tour.


Wilfried Léandre Houngbédji (Publié dans La Nation du jeudi 12 septembre 2015)

mercredi 11 novembre 2015

Les déballages hollywoodiens d'Alofa, à la 2ème journée du procès de l'Affaire ''Dangnivo''

Selon un article du Journaliste Wilfried Léandre Houngbédji


L'affaire ''Dangnivo'', actuellement en jugement à la Cour d'appel de Cotonou, n'a pas manqué de révélations palpitantes, en la deuxième journée du procès, le mardi 10 novembre 2015. Notre confrère, Wilfried Léandre Houngbédji, rend compte des grandes étapes des révélations faites par l'accusé principal de l'assassinat de Pierre Urbain Dangnivo, Codjo Cossi Alofa.
Codjo Cossi Alofa
« Toute cette affaire est du théâtre » selon l’accusé principal Alofa

Au jour 2 du procès de l’affaire Dangnivo, ce mardi 10 novembre 2015, l’ambiance spéciale ayant prévalu dans le prétoire une semaine plus tôt est remise. Même dispositif de sécurité autour des accusés. Le prétoire est à nouveau rempli. La cour d’appel de Cotonou a prévu le débordement de la salle et a mis en place du matériel de sonorisation hors du prétoire afin que ceux qui n’y ont pas accès suivent en temps réel les débats. Ceux-ci sont conduits par le président Félix Dossa, président de la Cour d’appel de Cotonou. Il est assisté de Saturnin Avognon et Jacques Hounsou (assesseurs) et des jurés Davidé Rose Gayon, Adéyèmi Pierre Olihidé, Oladakpô Allabi, Akodé Maurice Bènou (titulaires), et Kokou Akododja, Marie-Marguerite Nouhoumon (suppléants). Dans le fauteuil du ministère public, Gilles Sodonon, le procureur général près la Cour d’appel de Cotonou. Et comme greffier d’audience, Me Christophe Tchéou. Pour la défense, la partie civile et les témoins cités, de nombreux avocats sont mobilisés. Codjo Cossi Alofa, guérisseur traditionnel, accusé du crime d’assassinat sur la personne de Pierre Urbain Dangnivo, disparu depuis le 17 août 2010, est en détention préventive depuis le 05 octobre 2010. Donatien Amoussou, agent convoyeur de fonds à la SAGAM, poursuivi pour complicité du même crime est, lui, détenu depuis le 11 octobre 2010.

L’audience s’ouvre à 9h05. Le président Félix Dossa informe les avocats de la défense et de la partie civile que les témoins qu’ils sont sollicités ont été bien convoqués. Il s’agit de Dr Clément Padonou, Anatole Lalèyè, Dr Justin Dèhoumon, Laurent Mètongnon, Sévérin Koumasségbo, Sergent chef Issa, Colonel Tétédé, Richard Dégbey, Robert Gbian, Cocouvi Amoussou, commandant Enock Laourou, commissaire Darius Lèkossa, Valentin Kouagou, Firmin Boko, etc. A l’évocation des noms, certains sont omis. Me Joseph Djogbénou et Me Théodore Zinflou le signalent à la cour qui se rattrape. 
Une dizaine d’autres témoins sont convoqués par le ministère public. Des témoins dont la plupart sont présents et sont assistés par des avocats. Ceux-ci procèdent à leur constitution devant la cour. Me Joseph Djogbénou fait observer que cela devrait intervenir une fois que les jurés sont désignés et installés. Me Elie Vlavonou pense le contraire. La cour reçoit la constitution des nombreux avocats des témoins. Pendant ce temps, les accusés se tiennent sur le banc à eux destiné. Un gendarme leur passe les gilets de la prison civile -jusque-là omis- qu’ils enfilent promptement. Après le remue-ménage provoqué devant la cour par le défilé des avocats des témoins, les jurés sont tirés au sort. Quelques-uns sont récusés, dont Espérance Jean Azagoun qui se retourne, adresse un sourire aux avocats de la défense qui venaient de l’éconduire. Attitude qui arrache des rires au prétoire. La cour est définitivement constituée. Les choses sérieuses peuvent commencer. Les témoins présents sont isolés du prétoire. Mais avant, Me Vlavonou invite à cour à confirmer la constituer d’avocats pour leur cause. Joseph Djogbénou raille que « tout rentre dans l’ordre maintenant ». Sourires dans le prétoire. S’ensuivent les constitutions de parties civiles. Et quelque taquinerie de Joseph Djogbénou à l’endroit de Gilles Sodonon dont il dit être intéressé par les « concertations avec la cour ». Lequel lui demande de ne pas s’offusquer car il ne faisait que signaler à la cour qu’il lui a semblé qu’un expert est présent dans le prétoire. C’est le Dr Anatole Padonou. Puis, alors que le président allait ordonner lecture du dispositif de l’arrêt de renvoi, Me Zinflou lui fait observer que l’isolation des témoins n’est pas nécessaire si les haut-parleurs installés hors du prétoire permettent de suivre les débats de loin.


Les faits

Présentés par le président Félix Dossa, ils font état de ce que : « Dans la nuit du 17 août 2010, M. Pierre Urbain Dangnivo, cadre du ministère des Finances et de l’Economie est porté disparu à bord du véhicule AUDI 80, immatriculé 2223RB de couleur blanche, après son passage aux environs de 21h chez sa deuxième épouse Anne Cakpo résidant à la cité Houéyiho. L’analyse des relevés des appels téléphoniques du disparu a permis d’orienter les investigations vers certaines personnes dont Codjo Cossi Alofa. Interpellé, celui-ci reconnaît avoir été souvent en liaisons téléphoniques et physiques avec Pierre Urbain Dangnivo qui l’a sollicité pour des fins occultes en sa qualité de charlatan. Il a fini par reconnaître avoir tué Pierre Urbain Dangnivo chez lui à Womey en lui faisant ingurgiter en lieu et place d’une potion censée le protéger, un somnifère fourni par le nommé Donatien Amoussou dit Dona de concert avec un repris de justice du nom de Isidore Akon actuellement en fuite. Ils ont prélevé sur le corps certains organes. D’autres personnes impliquées dans la procédure ont bénéficié d’un non lieu. Seuls Codjo Cossi Alofa et Donatien Amoussou ont été renvoyés devant la cour d’assises. Il ressort de l’examen médico-psychiatrique et psychologique des accusés qu’ils ne présentent pas au moment des faits de démence ni des anomalies mentales. Les enquêtes de moralité effectuées sur les accusés ne leur sont pas favorables. Le bulletin N°1 du casier judiciaire des accusés ne portent trace d’aucune condamnation. »


« C’est du théâtre ! »

Il est 10h04 quand Codjo Cossi Alofa, vêtu du même maillot rouge à parements blancs que la semaine dernière, mais cette fois-ci sur un pantalon jeans bleu, se présente à la barre. Il promène son regard sur les membres de la cour. Le président Félix Dossa exhorte les interprètes à faire une traduction fidèle des propos de l’accusé. Codjo Cossi Alofa décline son identité d’une voix audible et posée. Il se tient bien droit à la barre. C’est un jeune homme athlétique. Quand la cour de céans lui rappelle la cause de sa présence devant elle, il ne reconnaît pas les faits. Murmures dans le prétoire. On lui dit que les faits sont punis par le code de procédure pénale. Il répond : « Je ne peux pas être puni car rien ne s’est produit comme relaté. Toute cette affaire est du théâtre. On m’y a impliqué. Mais si j’avais su que les choses se passeraient ainsi, je n’aurais pas accepté.» Il poursuit qu’étant sortis de prison quelque temps, son ami Polo (un Nigérian) et lui, Isidore son codétenu de l’époque étant resté à la maison, ont décidé d’aller voler une moto dans la nuit de ce 16 août 2010. L’opération eut lieu et ils furent poursuivis par la foule. Durant leur fuite, Polo s’en allant avec la moto volée, lui Alofa conduisant celle d’Isidore ayant avec laquelle ils ont fait le coup, aurait eu une panne sèche. Il aurait pu être lynché. C’est là, dans la foulée que quelqu’un, se présentant comme un commissaire, l’a récupéré, et lui a réclamé ses portables. Puis le lendemain, l’a pris du commissariat de Godomey pour le conduire à Akpakpa dans un commissariat qu’il ne connaissait pas. Codjo Cossi Alofa développe que tout le temps passé sur place, le commissaire se servait de son portable pour soit disant joindre son complice nigérian. Bien plus tard, il a été dans un dispositif de la police au hall des arts, avant d’être conduit dans un immeuble dans la rue e la pharmacie camp Guézo. Sur place, il dit ne pas savoir ce que ce commissaire et les agents se sont dit avant qu’on le fît monter pour le prendre en photo. « Quelques jours plus tard, poursuit encore Alofa, j’ai été ramené à Godomey et après, j’ai été appelé par le régisseur qui m’a recommandé de faire un travail avec la police. Surpris, j’ai dit que je ne suis pas policier… Le commissaire Alédji, intervenu plus tard, m’a affublé des titres de braqueur, assassin… Conduit à la brigade de recherche vers Ganhi, il m’a été demandé si je connaissais le sieur Dangnivo… J’ai été ligoté, roué de coups, botté, et un agent m’a tiré entre les jambes pour m’effrayer. Ils m’ont dit que si je n’avouais pas les faits je serais tué, ou lesté d’une pierre puis jeté dans la mer… Ce même commissaire m’a dit que ce qu’il n’avait pas fait dans le cadre de l’affaire Hamani Tidjani et dont on l’a soupçonné, il le ferait maintenant avec moi, étant à deux ans de la retraite… Ramené au commissariat où était le nommé Alédji, j’ai à nouveau subi une torture morale de leur part, avec leurs armes. J’ai compris que ces gens-là me préparaient un coup. Plus tard, le dimanche 26 septembre, ils me demandent comment il se fait que le corps de Dangnivo se retrouve dans mon arrière cour, et pourquoi le livret de bord de son véhicule ainsi que son portable zékédé se retrouvaient dans un hôtel à Maro militaire… Un policier qui s’est présenté comme Jean Aladé, m’a entrepris, m’a convaincu que les numéros de Dangnivo se retrouvaient sur mon portable, que mes amis Polo et Isidore ont déjà reconnu les faits et tout mis à ma charge, et que je n’avais qu’à accepter ce qu’on me reproche, pour ensuite être sorti de cause du vol de moto en même temps que je gagnerais beaucoup d’argent. Et que je devais déclarer que Dangnivo est allé me voir pour demander de tuer des gens… Ils m’ont donc dit qu’ils me conduiront où le corps est enterré. Face aux menaces que je subissais de leur part, je me suis dit qu’en cas de refus, ces gens-là pouvaient me liquider. Mais j’ai demandé à réfléchir. Ils m’ont donc enfermé seul dans une cellule. Après ils ont élaboré des versions avec moi, suite à mes questions. C’est ainsi qu’ils m’ont suggéré de déclarer que c’est d’autres personnes qui m’ont recommandé de le tuer. Notamment dada Gbèzé de Ouidah que j’avais connu depuis 2008 et qui m’avait demandé de lui confectionner un fétiche. Ce que nous n’avions plus fait… Il fallait l’impliquer m’ont-ils dit parce que simple chef traditionnel, il se serait proclamé roi de Ouidah et pourrait ainsi, un jour, se proclamer aussi chef de l’Etat… Puis ils m’ont fait consommer une boisson censée me libérer de mes peurs, m’ont promis beaucoup d’argent (25 millions) et m’ont dit que le corps de Dangnivo était déjà enterré chez moi. Ils m’ont alors conduit chez moi, m’ont indiqué un endroit dans mon arrière-cour et sur la base de ce dont nous avions convenu, j’ai accepté. Ils m’ont ensuite demandé de reconnaître les faits devant un certain Cocou Sèmègan qui serait le chef de tous les policiers du Bénin, de même que face à un certain Grégoire Akoffodji (il prononce Koffodji) qui serait ministre de la Justice. Ce dernier était en tenue de sport et on me fit comprendre qu’il revenait de sport et que c’est pour moi que toutes ces personnalités sont mobilisées. Je précise que j’avais déjà passé plus de quarante jours entre leurs mains. Ils m’on garanti qu’après avoir reconnu les faits, je ne passerais pas plus de trois mois en prison, que j’aurais un bon avocat, l’avocat de monsieur Dègbo… Ne voyant plus rien venir, j’ai demandé à rencontrer un juge et ai raconté la vérité à ce dernier, en lui révélant que c’est le policier Aladé qui m’a conditionné pour me faire admettre leur version des faits… »


Quid de l’évasion de la prison de Missérété ?

Codjo Cossi Alofa jure qu’il n’a jamais essayé de s’évader, pas plus qu’il ne s’est évadé réellement. « C’est, développe-t-il, au matin du 4 février, qu’au chant du coq, j’ai été réveillé sous prétexte qu’on m’emmenait au parquet. J’en ai été étonné puisqu’habituellement on nous prévenait la veille. Ceux qui sont allés me chercher m’ont mis une cagoule et introduit dans une voiture. J’ai remarqué que ce n’était pas le véhicule utilisé d’ordinaire pour nous conduire au parquet, de même que la distance me paraissait étrangement longue. C’était une petite voiture climatisée. Puis, un des éléments m’a demandé dans quel pays je souhaiterais m’installer si le juge me libérait et j’ai répondu au Togo… Lorsqu’ils m’ont retiré la cagoule, j’ai remarqué qu’on était à la frontière d’Hillacondji. Ils m’ont alors expliqué qu’ils sont les agents de celui qui avait promis de me tirer de situation si je reconnaissais les faits, et que c’est lui qui tenait ainsi parole. M’ayant descendu là, ils m’ont remis une somme de 50000 FCFA et dit que si je revenais encore au Bénin et qu’on me retrouvait, ce serait mon problème… » Quand il arrête son récit, le prétoire est glacé, soupirs et murmures s’élèvent. Pourtant le 5 octobre 2010, devant le juge où il n’y a pas de menaces, il reconnaissait les faits, lui rappelle le président. Alofa acquiesce mais réitère que c’est la version qu’on lui a concoctée en l’assurant même que le juge était dans l’économie des choses. Et qu’il n’avait simplement qu’à reconnaître les faits. « Comment et pourquoi prendre la responsabilité d’assumer un meurtre ? Combien avez-vous reçu pour le tuer ? », lui lance la cour. « Je ne connais même pas qui on appelle Dangnivo. Ils m’ont promis 25 millions si j’acceptais de porter la responsabilité. Moi j’étais en prison quand ils ont mis le corps chez moi. Ils m’ont même dit que des parties de son corps ont été arrachées et que je devais également reconnaître cela. Vous devez poser la question à ceux-là… » « Mais pourquoi avez-vous essayé de vous évader ? », interroge encore la cour. « Moi je ne me suis pas évadé. Au petit matin de ce 4 février, on m’a réveillé en disant qu’on allait au parquet. Ils ont dit que je me suis évadé à l’aide d’une corde passée par-dessus le mur. Monsieur le président, comment aurais-je pu sortir seul de la cellule où nous sommes 25, traverser toute la cour de la prison avec 13 portails et passer une corde qui au lieu de se retrouver à l’intérieur, se trouve en dehors de la prison ?... » Des démonstrations faites dans le calme et avec une conviction apparente, qui font soupirer ou sourire le public. « Mais comment se fait-il que les numéros de Dangnivo se sont retrouvés sur votre portable ? », lui assène la cour. « Cela, c’est au commissaire qui a pris mes portables et les a gardés par devers lui que vous devriez le demander » suggère l’accusé. « Et comment êtes-vous rentré au Bénin après votre escapade au Togo ? » cherche à comprendre la cour. « Etant né au Bénin, je me disais bien qu’en me larguant comme ils l’ont fait, les agents voulaient m’éloigner définitivement de mon pays. Je me suis donc mis en devoir d’appeler mes proches, ma femme. C’est là que j’ai appris qu’on me recherchait. Et mes parents m’ont indiqué le numéro ouvert et dédié à ma recherche. C’est moi-même qui ai appelé ce numéro et ils sont allés me chercher dans le village où j’étais pour me ramener au Bénin.»


Dénégation ?

Cette version des faits, il en faut plus pour convaincre le ministère public. Gilles Sodonon demande à l’accusé de ne pas faire du « théâtre » à son tour. Et lui signale que c’est le 23 août et non le 17 que le vol de moto a eu lieu. Alofa assure que non. Selon lui, c’est bien dans la nuit du 16 août que le vol a eu lieu. Il affirme avoir été gardé longtemps dans les locaux du commissariat de celui qui l’a récupéré, avant d’être présenté au procureur. Il dit savoir qu’une fois appréhendé, il aurait dû « être présenté être libéré après 48h à moins d’être présenté au juge pour prorogation de la garde à vue. Et il faut donc demander à ce commissaire pourquoi il ne m’a pas présenté au procureur dans les délais… C’est lui qui après m’avoir laissé au commissariat de Godomey dans la nuit, est revenu me prendre le lendemain matin dans sa voiture, pour me conduire à son service à Akpakpa où il m’a gardé et me donnait à manger sans rien me demander…» Me Zinflou intervient pour demander à son client de bien faire face à la cour quand il dépose, et non de fixer l’avocat général. Le président le prend mal. « Vous pouvez user de votre imperium et me vider du prétoire si vous le souhaitez M. le président. Même à cette étape, mon office aurait été déjà accompli » rétorque l’avocat. 
« Pensez-vous que les opérateurs GSM peuvent faire en sorte que des numéros que vous n’avez pas composés s’affichent sur l’écran de votre portable ? Autrement, comment le numéro de Dangnivo s’est-il retrouvé sur votre portable ? », veut savoir l’avocat général. « C’est au commissaire qui a gardé mes portables durant des jours que vous devez poser cette question », répond l’accusé. Applaudissements dans la salle. Le président de céans réclame le silence. « En supposant que cette version soit vraie, enchaîne l’avocat général, alors que vous étiez en liberté, comment se fait-il que Dangnivo que vous dites ne pas connaître vous ait appelé 4 fois dans la journée du 13 août, 3 fois le 14 et que vous-même l’ayez appelé le 16 août ? » « C’est au commissaire qu’il faut poser cette question » oppose l’accusé. L’avocat général considère que l’accusé donne dans la dénégation absolue et s’étonne que lui, voleur, bénéficie d’une « balade de santé » entre divers endroits (Akpakpa, Hall des Arts, Derrière pharmacie camp Guézo). Me Djogbénou s’offusque de ce « commentaire tendancieux ».


Des influences en haut lieu?

Quand la partie civile va intervenir alors que l’accusé dépose depuis deux heures de temps, Me Joseph Djogbénou lui fait savoir qu’il a le droit de demander à s’asseoir s’il est fatigué, à boire s’il l’envie lui prend et d’exprimer quelque autre besoin. Il demande effectivement à s’asseoir. On lui donne une chaise. Maîtres Brice Houssou, Nicolin Assogba et Olga Anassidé se lancent. Puisqu’il dit avoir été cuisiné par des policiers et autres individus, l’accusé serait-il en mesure de reconnaître ceux-ci ? « Oui, promet-il, assurant avoir reconnu M. Lucien Dègbo ainsi que le commissaire qui lui a pris ses portables. C’est le sieur Dègbo, déclare-t-il, qui lui servait la boisson censée le guérir de ses peurs, et lui disait qu’un prisonnier restera toujours un prisonnier… » Mais pourquoi donne-t-il aujourd’hui une version totalement différente de celle jusqu’ici servie ? « Ici, je sais que c’est différent des autres endroits où je suis passé, où parfois on m’enfermait dans une salle, seul avec celui qui m’interrogeait, et alors que je voyais parfois avant d’y entrer, les personnes qui me menaçaient » fait savoir l’accusé. Peut-il rappeler ce qu’il s’est passé au hall des arts ? Il explique y avoir été conduit dans la voiture du commissaire Lèkossa, lequel a rencontré sur place d’autres personnes avant de le conduire derrière la pharmacie camp Guézo… Le domicile de Womey où on a retrouvé le corps supposé de Dangnivo est-il sa propriété ou le loue-t-il ? Il répond qu’il le loue et qu’il a des voisins. La partie civile en déduit que s’il avait commis ces faits, et enterré un corps, les voisins auraient donc bien pu s’en apercevoir. Sans oublier de faire observer que les locaux derrière la pharmacie camp Guézo dont parle l’accusé, sont probablement ceux d’un service rattaché à la présidence de la République mais qu’ils ne nomment pas.


La date du vol de moto, un détail qui pourrait tout changer

A Me Théodore Zinflou, commis d’office aux intérêts de Codjo Cossi Alofa d’y aller de ses interrogations. Auxquelles l’accusé répond que c’est bien dans la nuit du 16 août que le vol de moto a eu lieu. Que celui qui se présentait comme commissaire l’a d’abord conduit dans une maison présentée comme celle du délégué du quartier, avant de le délaisser au commissariat de Godomey, puis de revenir le chercher le lendemain… Puis Me Zinflou révèle que d’après un procès verbal du tribunal de Calavi, joint au dossier, c’est effectivement, d’après la main courante du commissariat de Godomey le 16 août que le vol de moto est intervenu et que, par conséquent, l’accusé était déjà aux mains de la police et n’a donc pu, valablement, commettre un meurtre sur la personne de Dangnivo si celui-ci est effectivement décédé. Le prétoire vibre de murmures. L’avocat général intervient pour prier la cour de ne pas se laisser induire en erreur car le procès-verbal relatif au vol de moto est bien du 23 août. Faux, réagit vivement Me Zinflou qui se garde, en l’état, de dévoiler son explication de cette « manipulation faite exprès » et considère que ce procès-verbal du 16 en lui seul met hors de cause l’accusé.
Me Magloire Yansunnu, avocat de Donatien Amoussou veut, pour sa part, comprendre, qui a identifié son client comme complice. Et le président de la cour de céans s’étonne d’ailleurs que nulle part, dans la procédure, Alofa n’ait fait cas de celui-ci. Il répond que c’est le commissaire Alédji qui le lui a recommandé avec l’idée que c’est lui qui aurait procuré du somnifère, sous prétexte que l’intéressé « parle trop ».


« C’est un montage »

C’est au tour de Donatien Amoussou d’être entendu par la cour. Dans sa même tenue traditionnelle ‘’bohoumba’’ surmontée du gilet bleu de la prison civile, cet ancien militaire se porte à la barre et prie la cour de l’écouter avec patience. Il raconte que c’est un ami camerounais Priso qui lui a dit -alors que l’affaire Dangnivo défrayait la chronique- avoir vu un véhicule dans un hôtel où l’attitude des gens autour, ne semblait pas « claire ». Lui Donatien en aurait parlé à son frère aîné qui, à son tour, en a parlé à Pierre Akpaki alors DG/ORTB. Celui-ci en aurait informé d’autres et ils sont allés, plus tard voir le colonel Koumasségbo à la présidence de la République. En fait, c’est Paul, le « Polo » dont parlait Alofa et que lui Donatien connaît bien, que Priso aurait été voir à l’hôtel… Ce colonel, plus tard, l’aurait sollicité pour aller déposer un téléphone zékédé au siège de radio Océan FM après lui avoir fait promettre « confiance et secret ». Il devrait y aller seul mais lui dit avoir appelé son ami Priso pour l’y accompagner. Ce dont il dit avoir aussitôt informé le colonel par téléphone ; lequel n’aurait pas apprécié. S’étant inquiété dès que la rumeur a commencé à circulé au sujet d’un portable de Dangnivo retrouvé, il aurait appelé le colonel qui l’a assuré de ce qu’il serait protégé, et bien récompensé. Il évoque une somme de 250 millions de FCFA… Donatien raconte ensuite que dès lors, son ami Priso a failli être tué puisque des éléments inconnus se seraient portés chez lui en pleine nuit. C’est une histoire poignante que raconte encore Donatien. Il dit avoir passé deux ans neuf mois en cellule sans voir le soleil, avoir été proprement tabassé, le nommé Enock Laourou lui aurait posé la godasse sur la tête pendant plusieurs minutes. Il aurait été transporté dans la malle arrière du véhicule d’un des acteurs. Plus tard, il aurait été confié à un agent qui, le conduisant à travers le camp Guézo, lui aurait proposé de s’enfuir, en libérant un de ses bras de la menotte. Ayant flairé qu’on voulait peut-être en profiter pour l’abattre, il aurait, ancien militaire lui-même, refusé, bousculé l’intéressé qui avait un problème au pied, avant de le désarmer -ne lui faisant pas de cadeau- et de décharger le pistolet. L’agent s’étant mis à crier « au voleur ! », Donatien dit s’être simplement assis à 20 mètres du véhicule pour attendre… De son lieu de détention, il aurait reçu la visite de diverses personnalités dont les anciens ministre Bernard Lani Davo et Théophile N’Dah qui seraient passés le voir de la part du chef de l’Etat, lui auraient donné de l’argent (80000, 200000, 250000)… Au colonel qui le malmenait du fait de son attitude, Donatien dit avoir servi que : « L’abus de pouvoir rend momentanément fort et éternellement faible. Ce que vous faites se retournera contre vous.» Applaudissements dans le fond du prétoire… Pour Donatien donc, tout ceci se résume en « montage ». Et il prie la cour d’obtenir la restitution de ses portables gardés par ses bourreaux car ils contiendraient les enregistrements de ses conversations avec le colonel Koumasségbo.
Quand une suspension intervient autour de 13h30 et qu’on leur porte à manger quelque temps après, les accusés préfèrent se contenter du sandwich qu’ils ont acquis par eux-mêmes auprès d’une vendeuse sur les lieux.



Retour au PV de Godomey

A la reprise de l’audience, à 14h40, Me Djogbénou et Me Théodore Zinflou formulent une demande : celle d’ordonner au commissariat de Godomey de mettre à la disposition de la cour, la main courante que certaines informations annoncent pour se retrouver en des mains autres que celles de la justice. Me Djogbénou donne lecture du PV dudit commissariat qui constate que l’accusé était bel et bien aux mains des forces de sécurité à la date du 16 août et que cela est déterminant dans la suite de la procédure. L’avocat général évoque une possible « erreur matérielle ». Ce que ne conçoivent pas les avocats de la défense et de la partie civile. Pour Me Djogbénou notamment, « l’erreur dans cette affaire, c’est d’avoir cru que les choses se passeraient comme l’on a prévu. L’altération de la vérité conduit toujours à l’altération des pièces. Et si l’on devrait tenir compte, extraordinairement d’une prétendue erreur, ce qui n’est pas envisageable, cette session sera renvoyée ». L’avocat général se veut rassurant, explique que les empreintes réclamées figurent bien au bas du PV en sa possession et l’exhibe. Puis assène que le commissaire concerné est cité comme témoin et qu’il faut patienter de l’écouter et de l’interroger. Les avocats en face sont dubitatifs et Me Zinfou laisse entendre que cela est faisable par n’importe quelle machine. Me Djogbénou l’appuie, soutient que si erreur il y avait eu, les auteurs du PV, qui sont des agents publics, l’auraient bien mentionnée. Me Zinflou réclame que le président de céans obtienne les ordonnances d’autorisation d’inhumation collective de 2008 à 2015 parce qu’il lui est parvenu que dans la nuit du 3 au 4 novembre dernier, soit au jour de la dernière audience dans le cadre de ce procès, qu’il aurait été ordonné l’inhumation collective de 340 cadavres. Ce qui lui paraît suspect en cette période critique. Me Djogbénou réitère, sur le fondement de l’article 290 du code de procédure pénale, qu’il soit requis un officier ou un huissier de justice à l’effet de récupérer auprès du commissariat de Godomey, la main courante visée. La cour y accède et annonce qu’il sera ordonné audit commissariat de produire la main courante à l’audience de ce jour 11 novembre. Me Djogbénou intervient pour une précision de pure forme, aux fins de faire préciser que c’est bien le président de la cour et non la cour elle-même qui ordonne. Le public se délecte. Félix Dossa, ordonne au procureur général d’accomplir les diligences subséquentes.


Donatien, un fieffé délinquant ?

Donatien Amoussou est rappelé à la barre. L’avocat général lui demande de parler du coup qu’ils avaient en projet à la SAGAM. Il semble perdre de son sang froid et martèle : « Le coup de SAGAM n’a rien à voir avec l’affaire Pierre Urbain Dangnivo. Les faits remontent à juin 2010 et j’avais effectivement été sollicité par un de mes chefs pour ce coup. J’ai procuré du Valium 5mg à Paul qui devait faire à manger aux agents de garde le jour envisagé. A la fin, j’ai renoncé à ce projet.» raconte l’accusé. Il lui est rappelé qu’il allait braquer la SAGAM. Donatien explique qu’il ne s’agissait pas d’un braquage. Qu’il détenait une clé du coffre-fort, son supérieur Cissé Mama en détenait aussi une, et qu’aucun forfait ne pouvait être commis sans complicité d’un chef de la boîte. Et c’est parce que, les mois précédents, il aurait subi diverses épreuves (mort successive de son père, son enfant puis sa femme) qu’il aurait renoncé au projet. Ce qui provoqua sa brouille avec son chef. Mais pourquoi la police était-elle allée le chercher à la SAGAM, interroge l’avocat général. « C’est pour une affaire de bagarre entre un capitaine des douanes et moi et c’était en juillet 2010» répond Donatien. Qui précise, par ailleurs, que la nuit du 17 août, il était de garde à la SAGAM, ce que les registres de la société peuvent prouver. Un alibi solide donc s’il s’avère. Car, ainsi, il ne pouvait pas être avec des acteurs d’un quelconque meurtre. Il soutient que le colonel Koumasségbo est l’auteur de ses malheurs, le même qui aurait laissé une décharge à Océan FM pour récupérer le portable zékédé qui serait celui de Dangnivo.


Les révélations et éclairages des experts

Dr Clément Padonou est le premier témoin à déposer. C’est lui qui a produit un rapport d’exhumation et d’autopsie d’un corps présumé d’un monsieur qui s’appellerait Dangnivo. Il dit avoir réalisé l’autopsie le 29 septembre et précise, sur demande de l’avocat général, que c’est après l’exhumation qu’on lui a présenté le sieur Alofa comme auteur du meurtre. « Celui-ci nous a ensuite confié un bocal que j’ai signalé dans mon rapport », ajoute-t-il. « Dans ce bocal, il y avait un cœur, un sexe mâle, un testicule, une oreille, une fraction de mâchoire, une langue, un liquide de conservation » précise Dr Padonou sur question de Me Zinflou tout en indiquant, suite à une question de Me Magloire Yansunnu, n’avoir pas été « en mesure de déterminer la nature de ce liquide qui conservait les organes dans un état acceptable », et ajoutant que « le corps était en état de décomposition avancée qui ne permettait pas de déterminer les doigts, les orteils. Ma préoccupation était alors de pouvoir déterminer l’ADN et j’ai prélevé les organes qui pouvaient y aider, puis les ai mis à la disposition du médecin compétent que j’ai suggéré au procureur dès le départ avant d’aller sur le terrain. C’est ce dernier qui peut dire si l’ADN extrait est conforme à celui des organes trouvés dans le bocal ». Par ailleurs, à la question de Me Djogbénou de savoir pourquoi, par la même technique ADN, on n’a pas cherché à savoir si le présumé assassin est bien celui qui a tué la victime et déposé son cadavre en ces lieux, le témoin répond que « le légiste ne pose pas de question. Il répond aux questions » pour dire que cela ne lui a pas été demandé. Mieux, « lorsque le parquet m’a demandé de me joindre à l’expert français, j’ai opposé un non catégorique car je ne pouvais pas avoir été expert, puis me retrouver comme contre expert ». Sa déposition permet de savoir que la victime a été tuée dans des conditions probablement horribles : crâne et face fracturés, et que le scellé qui lui a été présenté par l’huissier pour le rapport était déjà rompu. Au total, « C’est une identification partielle que j’ai pu faire, puis ai suggéré un rapprochement ADN, et ne puis affirmer que c’est le corps de Dangnivo». Exclamations dans le prétoire qui se laisse aller à des rires nourris et félicite le médecin.
Au tour du professeur Anatole Lalèyè de déposer. Sur diverses questions il renseigne qu’il a fait des prélèvements sur la dépouille, dans le bocal à lui présenter, et comparer les ADN. Mais que pour finaliser ce travail, il lui fallait aussi l’ADN de personnes apparentées, ce qui ne fut malheureusement pas possible. Cependant, il atteste que « l’ADN extrait des organes du bocal correspond absolument à celui de la dépouille. C’est un ADN humain masculin ». Mais pourquoi n’avoir pas recherché l’ADN du tueur supposé pour établir le lien entre lui et ce cadavre alors que raisonnablement cela aurait dû être fait ? « Telle n’était pas ma mission dans ce dossier » oppose l’expert. La défense et la partie civile s’étonnent que l’on n’ait pas envisagé cette recherche d’ADN à l’égard des suspects. Sur ce, le président Félix Dossa prononce la suspension de l’audience à 17h08. Elle reprend ce jour. 
Toute la journée, pendant les dépositions, l’épouse de la victime supposée, dame Anne Cakpo paraissait préoccupée, prenait quelque note de temps à autre.
Après les dépositions des deux accusés puis des deux experts, ce sera au tour des autres témoins d’être entendus. Et probablement d’être confrontés aux accusés.

Wilfried Léandre Houngbédji (Article publié dans le Quotidien ''La Nation'', du mercredi 11 novemvre 2015