dimanche 7 mai 2017

« Le 4 mai doit être une journée de tous les démocrates», dixit Candide Azannaï

Dans le cadre de la commémoration de la Journée du 4 mai par le Parti ''Restaurer l'espoir''

La matinée du jeudi 4 mai 2017 a donné lieu à un événement spécial, au quartier Zogbo de Cotonou : la commémoration du deuxième anniversaire de l’arrestation manquée de Candide Azannaï, ancien Ministre délégué à la Défense du Gouvernement Talon et, Député à l’Assemblée nationale, à l’époque des faits, le 4 mai 2015. Cette manifestation s’est tenue sous la responsabilité du Parti ’’Restaurer l’espoir’’ (Re) dont cette personnalité politique est le Président. Réglées comme sur du papier à musique, les quatre étapes de cette commémoration, qui ont drainé une foule immense, comportaient une messe d’action de grâces à l’église catholique de Zogbo, un gigantesque rassemblement des membres et des sympathisants de la formation politique, une marche pacifique vers le Carrefour Don Bosco, et une adresse solennelle du Président Candide Azannaï à une foule ayant effectué le déplacement massif des grands jours, cette dernière phase qui se déroulait non loin de son domicile, théâtre de l’arrestation réduite à l’échec par le soulèvement des populations. Dans son propos au contenu fortement musclé, l’orateur a retracé l’historique de cet enlèvement déjoué, avant d’évoquer le sens profond de cet échec pour la sauvegarde de la démocratie parlementaire et au plan national pour, enfin, rendre hommage à la jeunesse, très active dans la compromission de la stratégie démocraticide des forces de l’ordre, commanditées par le régime défunt. 

Candide Azannaï s'adressant à la foule

Un extrait retentissant du propos effervescent de Candide Azannaï. 


« Aujourd’hui, je voudrais vous relater un peu le sens du 4 mai.

« Le 4 mai 2015, un jour fondateur, dans notre pays ! Il convient de commémorer ce jour car, qu’il vous souvienne que les résultats des élections législatives avaient été proclamées, un peu avant le 4, soit, la veille. Je m’étais retrouvé à Calavi, dans la maison du Député, le Président Houé Valentin. Nous étions un certain nombre de députés, pour réfléchir sur l’élection au perchoir du Président Adrien Houngbédji. J’ai quitté ici (Le domicile du Ministre Azannaï, sis quartier Zogbo, Ndlr), je m’étais rendu à cette réunion qui avait commencé à 22 heures, et qui avait pris fin à 1 heure du matin.

« C’est donc du retour de Calavi, de chez le Président Houdé, que j’ai eu les premières informations. Ces informations me proposaient trois scenarii : soit fuir de Cotonou et du Bénin, soit aller me rendre, - et la troisième solution – soit prendre mes responsabilités.

« Vous savez, je suis un homme, je suis d’ici, je suis de la lignée des guerriers et des hommes braves, je suis d’Abomey, je suis d’Azali ; nous n’avons pas appris à fuir, nous avons appris à résister. J’ai décidé de résister. Et, je vais vous expliquer pourquoi.


De gauche à droite, Madame Azannaï, Candide Azannaï et, notamment, le Député Guy Mitokpè, du Parti Re

« J’ai informé, tard dans la nuit, vers 4 heures du matin, 5 heures, mon épouse ; nous avons pris l’habitude d’échanger sur les risques que pouvaient rencontrer les hommes politiques, sur la vie et la biographie d’illustres personnages et personnalités de l’histoire, et je lui ai dit : ’’C’est maintenant que tu vas faire tes preuves’’.

« Très tôt, moi, je ne devais plus être sur les lieux. A 6h45, - C’est d’ailleurs pourquoi je remercie l’église, mon église, l’église catholique qui a célébré cette messe, ce matin (Le jeudi 4 mai 2017, Ndlr), à 6h45 – les premiers signes ont commencé : toutes les rues d’ici étaient barricadées de véhicules de la Présidence de la République, du Service des Renseignements. Un peu plus tard, ce sont les véhicules de la police, de la gendarmerie, de la Garde présidentielle. Il n’y avait plus d’issue. Si je n’étais pas parti tôt, si je n’avais pas pris mes dispositions tôt, je n’avais aucune chance. L’ordre qui avait été donné était de m’amener mort ou vivant. Mort ou vivant. Comme l’on le dit, dans notre tradition, ’’La main écartée n’arrête pas le vent’’.

« Quand l’opération a commencé, vous avez suivi ce qui s’est passé. Mais, beaucoup se demandaient, jusqu’à hier, pourquoi aller l’enlever, cet homme-là, mort ou vivant. Pourquoi ? Parce que nous venions de gagner une élection, haut les mains. Et, cette élection faisait que la majorité au pouvoir, alors, n’avait plus aucune chance de remporter le perchoir, de contrôler le Parlement. Or, les gens savaient qu’en s’attaquant à moi, compte tenu du rôle que je jouais, il y aurait un affaiblissement du Parlement. « La tentative d’enlèvement », les gens disent, mais, moi, je dis, l’opération de mon enlèvement crapuleux, avait pour but de contrôler le Parlement, d’assassiner notre démocratie. C’est pour ça que j’ai refusé de fuir et que je suis imposé de résister. Si, le 4, vous n’étiez pas sortis, si vous n’aviez pas fait cette résistance, il n’y aurait jamais eu le 19 mai (19 mai 2015, date de l’élection d’Adrien Houngbédji comme Président de l’Assemblée nationale, Ndlr) à Porto-Novo. C’est ça, ce que vous devez comprendre, aujourd’hui. Le motif était de contrôler, de tuer la démocratie parlementaire. Et, en tuant la démocratie parlementaire, vous comprenez qu’il n’y aurait plus, aujourd’hui, ni le Nouveau départ ni la Rupture. Mais, au-delà du Nouveau départ et de la Rupture, qui sont des phénomènes qui vont passer, dans le temps, il n’y aurait plus la démocratie ! Il n’y aurait plus la démocratie. C’est ça le problème : ce que vous avez fait le 4 mai, vous avez sauvé notre démocratie. C’est ça, ce que vous  avez  fait !

« Chacun d’entre vous, quand vous vous  regardez, vous devez savoir que vous êtes des libérateurs de notre démocratie ; c’est le sens du 4 mai !

« Il y a des jeunes à qui je rends hommage, mon épouse, le Secrétaire général (du Parti ’’Restaurer l’espoir’’, Guy Mitokpè, Ndlr), les responsables du Parti.

« Il y des jeunes à qui nous devons rendre hommage : ils ont connu, pour la première fois, la prison, ils ont connu, pour la première fois, les gardes-à-vue, certains ont été blessés, hospitalisés, marqués à vie. D’autres ont été soumis à des actes de torture, sous le soleil ; la police, la gendarmerie d’alors avaient contraint les gens à marcher, à se déplacer sur les genoux, sur le bitume, sur la route, les pavés. Les engins de certains ont été pilonnés, écrasés, devant ’’Canal 3’’, par la police, par les forces de l’ordre. C’est des actes mauvais qu’on ne doit plus jamais reprendre dans ce pays.


Bain de foule de Candide Azannaï

« A tous ces jeunes, je rends hommage, j’exprime ma gratitude et, comme je vous l’ai dit, lorsque je vous ai reçus, il y a quatre jours, ne voyez pas ce que vous avez subi, voyez ce que vous avez sauvé, en subissant ce que vous avez subi. Comme je vous l’ai dit, nous sommes des partenaires.

« Certains ont perdu leur job parce que, du retour de la prison, leurs responsables, leurs employeurs ont dit qu’ils ne pouvaient plus travailler avec des gens qui ont la prison.

« Vous savez, le progrès de la démocratie et le renforcement des libertés se font par le sacrifice de certains. Voilà un peu le sens profond du 4 mai, qu’il convient de célébrer.

« Lorsque le Secrétaire général et le Parti m’ont dit qu’il convenait de célébrer cette date, je leur avais dit que je me suis fait l’option du silence, cette fois-ci, parce que, parfois, le silence est plus parlant, est plus expressif ; le silence, parfois, garantit la paix, le silence interroge la conscience des bourreaux, des persécuteurs et des méchants. Le silence, parfois, leur permet une remise en cause, une prise de conscience. Mon combat a été, depuis mon jeune âge, un combat pour l’intérêt général. Toute ma famille, mes enfants, nous n’avons combattu que pour l’intérêt général. Nous sommes des gens humbles, des gens simples, mais des gens capables de combattre à l’extrême, dans des situations les plus difficiles. L’argent, le matériel, les honneurs et les grades ne sont pas nos motivations. Ce qui compte et qui comptera pour ce peuple, ce sont les hommes braves capables de faire le plus grand sacrifice, pour l’intérêt général. La lutte contre la pauvreté et la misère, c’est ça, ce qui est important !

« Le 4 mai n’est pas une journée qu’il faut oublier, ce n’est une journée de vandalisme, ce n’est pas une journée de destruction du bien public, c’est une journée de protection de l’intérêt général, c’est une journée de résistance contre l’arbitraire politique, c’est une journée de refus, de condamnation, de dénonciation des enlèvements politiques, des assassinats politiques, des persécutions politiques mais, c’est aussi une journée de lutte contre les dérives et les transformations de la démocratie en démocrature.

« Le 4 mai doit être une journée de tous les démocrates, qui doivent se souvenir et, cette rue doit être la ’’Rue du 4 mai. Tout le monde doit savoir, quand on entre dans cette rue que, le 4 mai 2015, il s’est passé quelque chose, pour que, plus jamais, cela ne se répète … ».  

Propos recueillis par Bienvenu Téklé et transcrits par Marcel Kpogodo 

mercredi 3 mai 2017

« Le chien de garde est désormais le chien de compagnie », dixit Gérard Guèdègbé sur la presse béninoise et africaine

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la liberté de presse 

Ce mercredi 3 mai 2017, jour de la célébration de la Journée internationale de la liberté de presse, est l'occasion choisie par le journaliste béninois, Gérard Guèdègbé, et Président de l'Initiative pour la communication et la liberté de presse en Afrique (Icleaf), de faire valoir une analyse de pointe sur le fonctionnement actuel de la presse béninoise et africaine ...

Gérard Guèdègbé

Des esprits critiques sous hypnose en temps critiques


Aujourd’hui 3 mai 2017, le monde entier célèbre,une fois encore, la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse sur le thème : «  Des esprits critiques pour des temps critiques : le rôle des médias dans la promotion de sociétés pacifiques, justes et inclusives ». Le 3 mai, faut-il le rappeler,  a été proclamé Journée mondiale de la liberté de la presse par l’Assemblée générale des Nations Unies, en 1993, suivant la recommandation adoptée lors de la 26è session de la Conférence générale de l’UNESCO, en 1991.
C’est justement le lieu et le moment  de rendre un hommage digne à ces milliers de femmes et d’hommes qui exercent leur métier, jour et nuit, sous la tempête et le soleil, dans la joie et dans la foi du devoir, sans parfois prendre conscience des risques du lendemain.  Merci à ces professionnels de la presse qui arpentent  les chemins rocailleux de la jungle pour donner du souffle au cri de détresse de cette population qui vit la pollution de cette usine de fabrication de ciment qui, au mépris des normes environnementales, gavent les poumons de ses habitants de clinker. Cette population trouve en la presse le messie qui vient la délivrer de la corruption ambiante qui a réussi à dessaisir les autorités compétentes de leur mandat de protection civile. Que d’hommages ne méritent-ils pas, ces hommes et ces femmes des médias, qui se sont singulièrement distingués pour couvrir les dernières campagnes électorales,sous le coup de menaces et d’intimidations, car voulant s’ériger en rempart au bal éhonté des démagogues hypertrophiés qui avaient plus d’un tour dans leur sacoche de mensonges, pour rallier les électeurs à leur cause. Je reconnais et je salue le combat de cette minorité qui, au moyen de sa plume et de son micro, barre la route à l’oligarchie, au sacrifice de sa vie, dans certaines régions du monde-, où la bonne gouvernance est restée à l’état larvaire.
La liste risque de s’en étendre à l’infini, mais je ne saurais oublier ces soldats de la presse qui descendent dans les foyers de tension, dans l’épicentre des épidémies meurtrières et des violations massives des droits de l’homme, pour montrer les désastres humains qui s’opèrent derrière l’écran. Qu’ils soient ici remerciés et félicités pour le combat qu’ils mènent pour repousser les barrières de l’injustice.
Notre engagement à barrer la route à l’anormal et à promouvoir le juste, le sain et le vrai, au sein de la société, constitue le fondement de notre mandat, très habilement illustré par l’image du ’’chien de garde’’. La raison d’être social d’un journaliste est d’être au rendez-vous du droit de savoir du citoyen, en lui donnant des informations d’intérêt public. Aujourd’hui, aussi bien les professionnels de la presse que l’opinion publique ne cessent de s’interroger sur ce qui nous reste encore de ce rôle de chien de garde, devant les misères et les défis du développement.^



Sous la hantise des nouveaux défis

Aujourd’hui plus qu’hier, la société se trouve confrontée à de nouvelles menaces et à de nouveaux défis auxquels devraient s’adapter les médias, pour jouer, au mieux, leur rôle. Le développement des Technologies de l’information et de la communication ont rendu plus sophistiqués les crimes et les actes de corruption qui fragilisent les piliers de la bonne gouvernance. Mieux, les effets des changements climatiques nous montrent le profil d’une nature victime d’un surmenage apocalyptique, avec des chaleurs massacrantes et des pluies diluviennes, comme à l’époque de Noé. Aussi, les menaces sécuritaires habituelles se sont enrichies du fléau du terrorisme, qui ensanglante la terre par des tueries barbares et aveugles, sous le regard parfois désarmé des forces de sécurité. Outre le SIDA et les cancers, les fièvres hémorragiques à virus Ebola ou Lassa ont montré les failles de notre système sanitaire et ont, une fois encore, remis en cause les théories et les hypothèses de nos braves chercheurs.
Le schéma le plus inquiétant est qu’aujourd’hui les pouvoirs politiques, les puissances d’argent et les autres groupes de pression ont envahi le champ de la liberté de la presse, où ils déploient massivement leur arsenal liberticide, donnant ainsi du crédit à l’image du journaliste français, Edwy Plénel, qui pense que : « Les médias sont comme de petits poissons face à de gros requins dans une mer polluée »
Et, donc, face à ces nouveaux défis de notre temps, qui tendent à élargir les marges des privilégiés pour restreindre celles de la majorité silencieuse, victime des injustices sociales, on devrait s’attendre à voir le « chien » modifier sa manière de monter la garde. Mais, à quoi assistons-nous plutôt ? Il suffit de prêter une oreille attentive aux inquiétudes persistantes du citoyen pour y découvrir notre nouvelle image. Le citoyen s’inquiète de voir de plus en plus des journalistes peu ou mal formés, une presse corrompue, manipulée, qui entretient la morosité intellectuelle et qui a tourné le dos à l’intérêt public, au profit de l’image et du bon vouloir des plus forts. 



 Le chien de garde est désormais le chien de compagnie

Face aux nouveaux défis du monde et, devant la qualité peu satisfaisante de la prestation de la grande partie de la presse, on est parfois tenté de croire que les acteurs des médias ont oublié leur mandat de chien public de garde. Les plus gros requins semblent avoir avalé les petits poissons censés porter la voix des sans-voix. Lorsque le salaire existe et qu’il est régulier dans la vie des journalistes, plus de 80 % d’entre eux reçoivent 40.000 et 120.000 F CFA, avec le coût de la vie qui ne cesse de croître à la vitesse de la lumière. Il est évident qu’avec cette précarité du niveau de vie, le journaliste est fortement exposé aux chocs externes de l’environnement pollué, soigneusement préparé pour appâter sa liberté, son indépendance et pour mettre ainsi en déroute son honnêteté, sa crédibilité et son éthique. Mais, on ne peut traiter la question de la rémunération des acteurs de la presse sans passer au scanner le profil de l’entreprise de presse au Bénin et dans la  sous-région.
Il faut dire que nous avons assisté, ces dernières années, à une prolifération presqu’anarchique des titres de journaux, qui prennent le statut d’entreprise  de presse sans en être véritablement une. La plupart sont des boîtes monoparentales, sans une vision ni une structure entrepreneuriale  digne du nom,  créées, le plus souvent, pour donner corps aux relations incestueuses occasionnelles entre la presse et les puissances d’argent, entre les hommes politiques, le pouvoir en place et ses tentacules dans l’appareil administratif, notamment, les entreprises et les offices d’Etat. Ces journaux,  qui deviennent des espaces d’influence et de propagande des intérêts particuliers, font la pluie et le mauvais temps, généralement, l’instant d’une élection, foulant au pied les règles basiques de l’éthique et de la déontologie du métier qu’ils sont censés exercer, en pleine conscience. Ils s’abreuvent à la source des insultes, des calomnies, de la diffamation et propagent, dans un langage peu soigné, les rumeurs les plus folles, pour réussir leur « mission ». Avec un marché peu structuré de la publicité, étriqué et fortement teinté de clientélisme, il faut quand même bien survivre, après la manne électorale. L’instinct de survie ayant peu d’égard pour les règles d’éthique et de déontologie, c’est ainsi que la presse, dans sa grande majorité, se trouve piégée dans une servitude douillette qui l’oblige à privilégier l’intérêt particulier au détriment de l’intérêt public. Nous sommes désormais plus sensibles à l’image de l’autorité locale ou étatique qu’au gain réel que tirent les populations d’une action publique. Nous choisissons, pour le pouvoir en place, ses opposants et les ennemis d’Etat, et  nous mettons en exergue les anges patriotes. Mieux, nous recrutons aussi, de force, dans les colonnes de nos journaux et sur nos ondes, plus de militants pour certains mouvements politiques, et déclarons la déchéance d’autres partis politiques, pourtant bien ancrés sur le terrain.
C’est faire preuve d’humilité que de reconnaître que la presse est, aujourd’hui, de loin,perçue comme ce chien de garde qui place l’intérêt public au fronton de son mandat. Elle est plutôt vue par le public comme étant au cœur d’une sorte de connivence qui frise la traîtrise, vu qu’elle est désormais championne dans l’art de prêcher le faux pour le vrai.



« On ne saurait espérer d’un tigre qu’il devienne végétarien en lui jetant chaque matin un morceau de viande »

S’il est facile de dire que la presse, avec raison d’ailleurs, ne joue pas assez son rôle de chien de garde, il est tout aussi paradoxal de constater avec quelle hypocrisie intellectuelle nos autorités, les acteurs de la société civile et l’opinion publique viennent faire le procès de la presse sans chercher à définir les sources, les mobiles et les responsabilités collective et individuelle de chacun. Il est évident que la précarité financière, normative, réglementaire  dans laquelle végète la presse, aujourd’hui, est une condition nécessaire et une occasion propice à l’accaparement de sa liberté et de son indépendance. On n’a pas besoin de l’intelligence d’Archimède pour  comprendre qu’une presse bien formée, réglementée suivant des normes et des principes précis et jouissant d’une indépendance financière pourra  échapper aux griffes des manipulateurs. L’état comateux et cahoteux de la presse est encore le seul gage d’assurance pour ceux et celles qui tiennent à « prostituer » son indépendance contre des espèces sonnantes de contrebande.
La méthode est connue que, dans le désert aride où il fait une chaleur d’enfer,  par divers jeux de réseaux et d’amitiés, on arrive à se positionner sous les quelques rares robinets d’eau fraîche (source politique, publique ou privée) et, gare à celui ou à celle qui osera se montrer critique envers le distributeur exclusif ! S’il est habile, il pourra s’insérer à la source d’un robinet concurrent et appliquer le principe du caméléon. S’il rate l’insertion, la survie de son espèce est menacée, car point de vie dans un désert sans coin d’eau. Ainsi, à quelques exceptions près, la presse vit dans les liens de ses bailleurs et peine à exercer son mandat.



Le financement public comme issue de secours

La presse étant l’un des baromètres précieux de la santé démocratique d’un pays, sa liberté et son indépendance doivent être garanties par l’Etat soucieux de renforcer les balises des libertés publiques. Aujourd’hui, l’information, et non la rumeur orchestrée, est reconnue d’utilité publique, car elle est un outil de bonne gouvernance des affaires publiques et des citoyens. Ainsi, on ne devrait plus chercher à donner un caractère marchand à l’information publique si nous voulons maintenir sa crédibilité et sa neutralité. Si les entreprises de presse sont soumises aux mêmes obligations fiscales que celles qui vendent du poisson ou des produits de quincaillerie, il n’y a pas de raison que l’entrepreneur de presse se mette dans une logique de gain et de profit. Il est donc urgent d’adapter un régime fiscal spécial à l’entreprise de presse. Le ’’chien de garde’’ reprendra son mandat si, l’Etat, de complicité avec les acteurs, peut mettre en place un système de financement de la presse, assorti de conditions rigoureuses devant garantir des situations satisfaisantes de vie et de travail au journaliste, au sein de sa rédaction.
Le modèle actuel et peu valorisant de l’aide de l’Etat à la presse privée n’est qu’un nid de controverses et de frustrations, et ne peut produire que des îlots de résultats précaires. Le Fonds de la Presse devra être créé pour galvaniser les efforts de ceux d’entre nous qui font dos à la médiocrité ambiante et qui présentent des modèles économiques innovants et durables. Il faudra encourager les structures de formation,présentes sur le terrain, à professionnaliser davantage l’offre de formation,afin de leur permettre de mettre sur le marché des « soldats »  bien équipés et non des aspirants au métier de la presse.



Gérard Guèdègbé, Expert Formateur-Médias