mardi 3 mai 2016

Lionel Zinsou fuit-il ses responsabilités ?

Face à l'animation de l’opposition
(Elle ne se fait pas sur facebook)


Depuis la fin de l’élection présidentielle de mars 2016, la confirmation de l’élection de Patrice Talon comme Président de la République, sa réception des charges des mains de son prédécesseur, sa prestation de serment à Porto-Novo, la formation du premier gouvernement du nouveau Chef de l’Etat, l’Exécutif n’a pas tardé à se mettre à la tâche, prenant déjà position sur les dossiers sensibles de la nation. Mais, depuis, un vide se fait sentir : une opposition qui puisse s’exprimer sur les choix effectués par le Gouvernement, ce qui semble montrer une certaine défection de Lionel Zinsou, candidat malheureux à cette présidentielle.
Lionel Zinsou
Lionel Zinsou, ancien Premier ministre et bon perdant de l’élection présidentielle de mars 2016, n’a pas encore pris la mesure du rôle politique qui lui incombe en tant que candidat ayant vaillamment affronté Patrice Talon au second tour de ce scrutin. Un rôle stratégique du chef de l’opposition. Dans tout pays démocratique qui se respecte, cela va de soi que le candidat malheureux porte la voix de la frange de la population qui n’a pas voté pour le président élu. Comme il s’agit du Bénin, cette frange est naturellement complétée par les mécontents des premières décisions prises et par le lot des déçus qui n’auraient pas trouvé leur compte dans le partage des postes politiques à tous les niveaux.
De cette manière, il s’impose pour Lionel Zinsou d’emboucher la trompette du chef de l’opposition afin de commencer à prendre position sur les choix du Gouvernement de la Rupture et du Nouveau départ. En effet, il y a un bon nombre de ces décisions qui sont considérées comme salutaires par certains et suicidaires par d’autres. Ainsi, elles font l’objet de grandes acclamations ou de vives contestations, selon les camps. Il est question, notamment, de la formation de la 1ère équipe de travail du Chef de l’Etat, de la suspension des concours frauduleux, de l’abrogation des 18 décrets d’application de la Loi n° 2015-20 du 19 juin 2015 portant statut spécial des personnels des forces de sécurité publiques et assimilées, de la position du Président de la République à l’Elysée concernant les cadres béninois et, dernièrement, de la suppression d’institutions étatiques créées sous le régime défunt et considérées comme budgétivores. Ce sont autant de thèmes sur lesquels un camp adverse, une voix politique d’en face doit bâtir une argumentation solide pour donner raison ou tort au Gouvernement et, dans le cas où des choix ne seront pas appréciés, faire des propositions alternatives.
Par ailleurs, un autre facteur qui appelle la constitution d’une opposition réelle au régime du Nouveau départ reste le positionnement politique à l’Assemblée nationale. Dans ce haut lieu de la politique, les forces de l’ancienne mouvance présidentielle ont besoin d’être canalisées pour éviter, d’une part, la disparition d’une tête de pont que sont les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) et, d’autre part, la débandade délétère des députés de cette tendance politique et assimilés pour une destination clairement définie comme étant celle de la mouvance du Nouveau départ. Cette situation ne contribuera qu’à enfoncer la classe politique et à développer la méfiance du peuple envers elle, sans oublier qu’elle va approfondir la fragilité du système politique béninois qui aura montré une difficulté de reconfiguration, de restructuration.
Particulièrement, si Lionel Zinsou émet des réflexions sur le fonctionnement gouvernemental actuel, celles-ci sont lisibles, notamment, sur sa page Facebook. En effet, la dernière déclaration du Président Patrice Talon à Paris voyant le Bénin « comme un désert de compétences » a suscité une réaction de la part de l’ancien Premier ministre sur ce réseau social, ce qui reste largement insuffisant, vu que celle-ci n’a en rien fait l’objet d’une visibilité médiatique. Ainsi, les détracteurs des réseaux sociaux et les nombreux analphabètes qui n’ont pas le réflexe de s’y abreuver quotidiennement auront raté la quintessence ironique des propos de Lionel Zinsou sur la boutade de Patrice Talon.
L’opposition étant difficile, elle n’en demeure pas moins un tremplin incontournable pour le bon fonctionnement démocratique de notre pays et pour une candidature de qualité à la présidentielle de 2021 pour la personnalité politique qui aura le courage de l’animer. En cas de défaillance de Lionel Zinsou, pourquoi un Komi Koutché n’assumerait-il pas ce rôle si stratégique ?


Ramane Aïsso

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